Les fortes dissensions autour du cinquantième anniversaire de la mort de Franco rappellent que l’Espagne est loin d’en avoir fini avec « ce passé qui ne passe pas ».
Au rebours des clichés du Paris « pittoresque », les métiers de rue exigent endurance et force physique. Cochères, colleuses d’affiches, marchandes des quatre-saisons, porteuses de pain : autant d’emplois traversés par des inégalités salariales selon le genre et l’âge.
À l’ère du sida et du covid, il est crucial d’accentuer la tendance à la non-exclusivité des technologies de santé. L’histoire de la médecine montre qu’il existe de nombreuses alternatives au capitalisme pharmaceutique.
Au cœur d’une époque marquée par l’affrontement idéologique et les rivalités géopolitiques entre deux superpuissances, la France a su tracer sa propre voie, bien loin des schémas bipolaires traditionnels.
Alors que l’année 2025 marque les 50 ans de la mort d’Hannah Arendt, ce nouvel ouvrage qui lui est consacré offre une perspective inédite sur une période méconnue et pourtant fondamentale dans la vie et l’œuvre de la philosophe.
Écrire une « nouvelle histoire du monde » depuis les origines de la planète Terre jusqu’à nos jours, en articulant l’histoire des sociétés humaines et celle de la « nature », tel est le pari audacieux de Peter Frankopan.
L’essor des technologies de surveillance redéfinit l’approche sécuritaire sous l’influence d’enjeux économiques. Partout où elle s’installe, cette surveillance dopée aux nouvelles technologies soulève la question de dérives liberticides.
Exécutions et violences extrêmes sur les esclaves fugitifs, duels et homicides entre colons rarement condamnés, bannissement des individus qui dérangent l’ordre colonial, expérimentation des bagnes… Un siècle de pratiques judiciaires est examiné avec minutie dans le cadre spécifique de l’empire colonial français.
La parturition est un sujet presque absent de l’histoire de l’art. Quelques planches et toiles émergent néanmoins de ce silence et nous livrent le regard d’artistes masculins, partagés entre fascination et effroi devant la souffrance de la mise au monde.
Était-on, avant le XIXe siècle, moins attentifs à la douleur qu’aujourd’hui ? Rien ne permet de le penser. Les écrits médicaux du XVIe au XVIIIe siècle montrent qu’on n’y était pas indifférent et qu’on cherchait, le plus possible, à la soulager.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, alors que le pouvoir monarchique s’affirme sur le territoire français, les cours d’eau du Bassin parisien restent l’objet de négociations entre différents acteurs contraints de se coordonner.
Entre distance et proximité, l’État (colonial ou national) a toujours su maintenir une relation complexe et ambiguë avec la religion en pays musulman, comme le montre l’enquête approfondie de M. Zeghal.
Les salafistes envisagent l’islam comme un système de vérité englobant : aucun élément de la vie ne doit lui échapper. Stéphane Lacroix décrypte et historicise cette conception, qui s’étend du loyalisme au djihadisme.
Peut-on comprendre le nazisme de l’intérieur, du point de vue de ses partisans ? C’est la tâche que se sont fixée trois spécialistes de la période.
En juin 1942, la « nuit fantastique » de Bir Hakeim, fait d’armes modeste en soi, devient un événement d’envergure mondiale, redonnant espoir à ceux qui refusaient d’être d’éternels vaincus. La guerre du désert, vue au plus près.
Le pilori a longtemps été considéré comme une peine typiquement médiévale avec toutes les connotations négatives traditionnelles. À l’aune d’une lecture anthropologique, la condamnation au pilori apparaît comme un outil et surtout un rituel, permettant à la société urbaine de se reconstituer.
Dans un essai à la forme composite, Jean-Claude Schmitt poursuit son étude des images médiévales, une étude aussi sémantique et historique que plastique sur la manière dont l’Occident médiéval pense l’image et parfois pense par l’image.
Les sociétés qui effacent leur passé en pensant par là éliminer leur culpabilité ne font que menacer leur avenir. Telle est la conviction d’O. Bartov, lui qui a cherché à reconstituer une histoire en première personne de l’Holocauste.
Le mouvement pour les droits civiques aux États-Unis est plus complexe que ce que le grand public en connaît. O. Mahéo en reconstitue la multiplicité discordante et marginalisée.
Quelles sont les conséquences économiques des conversions dans la Rome de la première modernité ? Le destin d’une famille juive de l’élite éclaire la question des conversions au catholicisme, et les changements de statut social consécutifs le baptême.
Longtemps objet de mythes, l’attitude de Pie XII face à la Shoah et aux persécutions antijuives peut enfin être justement évaluée à l’aune des archives. Nina Valbousquet le montre de manière très convaincante : c’est de tiédeur dont il faut parler, non d’impartialité.
S’adressant à un public large, Claire Judde de Larivière parvient à dresser un tableau précis de la ville et de la société vénitiennes du début du XVIe siècle, sans renoncer aux nuances et aux précautions de la recherche scientifique.
Comment échapper aux lectures mythifiantes et souvent contradictoires de la figure de Frantz Fanon, révolutionnaire et théoricien de l’anticolonialisme ? Son parcours permet de saisir sa pensée dans son contexte, à rebours des tendances contemporaines à la généralisation.
Au siècle des Lumières, le médecin viennois Franz Anton Mesmer (1734-1815) s’intéresse à la distribution d’un « fluide » dans le corps. Le magnétisme est né. Entre science et charlatanisme, cette nouvelle discipline ouvre la voie à l’hypnose.
Légende noire ? Réalité sociale ? Goulven Kérien met au jour la réalité des enfermements par ordre du roi au XVIIIe siècle à Paris, et montre la difficulté du compromis social et politique en matière de police.
La réouverture de Notre-Dame marque le terme de sa restauration, cinq ans après l’incendie qui a révélé la passion des Français pour la cathédrale parisienne. Au fil des siècles, celle-ci n’a cessé d’interagir avec la ville et avec une société qui en est venue à s’identifier à elle.
L’œuvre de l’écrivain-historien, particulièrement ses Mémoires, accompagne la transition de la rhétorique des Lumières vers le registre du moi et de l’expérience vécue. S’intègre-t-elle pour autant dans la jeune école historiographique des années 1820 ?
Dans les années 1830, une épidémie de choléra sévit dans les villes et les campagnes, incapables de « se cuirasser contre les miasmes ». Aujourd’hui comme hier, l’impuissance face à la maladie met à nu le fonctionnement de la société tout entière.
Claude Nicolet a marqué tout autant par ses travaux sur Rome et par ses essais, très connus et très engagés, sur l’idée républicaine. Il a aussi fait école, en systématisant l’usage de la méthode prosopographique.
En raison de leur parenté avec le souverain, les « princes de sang » peuvent lui succéder. Élevés au-dessus de toute la noblesse, mais tenus à distance des affaires de l’État, ils ne renoncent pourtant pas à jouer un rôle politique.
Vitrines d’une mise en ordre occidentale de la nature au service de l’exploitation coloniale, les jardins botaniques constituaient surtout des modèles réduits d’empire, dont ils font également ressurgir les failles et les discontinuités.
Le théâtre n’existe pas sans comédiennes ni comédiens. Mais quelles étaient leurs conditions de travail au XVIIIe siècle ? Comment étaient-ils rémunérés ? Que se passait-il lorsqu’ils étaient malades et incapables de jouer ?
Méconnu pour beaucoup, mésestimé par d’autres, José Ortega y Gasset a été l’un des premiers et des plus fervents défenseurs d’une Europe communautaire à inventer. La biographie intellectuelle que lui a consacrée Béatrice Fonck nous permet de (re)découvrir cet influent philosophe espagnol
Deux ans et demi de siège, près de deux millions de morts dont la moitié de civils : le siège de Leningrad est l’un des épisodes les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale. Dans le discours officiel, cette histoire de famine, de froid et de mort a été convertie en un exploit glorieux.
Sous l’Ancien régime, l’avortement n’existe pas comme catégorie juridique distincte. Il ne s’en pratique pas moins et est criminalisé lorsqu’il est associé à une transgression sexuelle. Comment dès lors faire l’histoire d’un impensé et d’une pratique dissimulée ?
Comment retracer l’histoire des personnes d’ascendance africaine ? Les recherches d’Olivette Otele montrent combien les multiples trajectoires individuelles, ainsi que leur perception et leurs représentations, sont intimement liées à l’histoire du continent européen et aux enjeux du présent.
Le “rêve californien” ne remonte pas à la Ruée vers l’or du XIXe siècle, mais seulement au XXe siècle, et relève plus de la critique que de l’enthousiasme. Louis Warren invite à relativiser ce mythe, et à se méfier de la tendance à prendre la Californie pour le laboratoire des États-Unis.
De Salomé à Lolita, les représentations de « tentatrices » accompagnent un fantasme masculin : celui de la femme qui a déjà dit oui avant qu’on lui demande quoi que ce soit. Or celle qui a « allumé » le désir des hommes doit en payer les conséquences.
Prédicateur inspiré par Dieu ou fanatique obnubilé par la réforme des mœurs ? Républicain révolutionnaire et social ou intrigant politique ? Véritable prophète ou subtil imposteur ? Une nouvelle biographie refuse de prendre parti sur frère Savonarole (1452-1498).
Quelle fut la place occupée par le Saint-Empire romain germanique, lors des premières conquêtes coloniales à l’époque moderne ? Quel rôle jouèrent ses princes, ses institutions, sa diplomatie, ses marins et ses marchands ?