Sans l’apport de la psychologie, la philosophie ne peut pas comprendre la déraison à laquelle a mené la pensée du progrès et des Lumières. L’école de Francfort en a fait le constat dès les années 1930.
Une étude croisée des réalités soviétiques et états-uniennes permet de saisir l’impact de l’arme nucléaire sur leurs sociétés respectives et sur ces villes de l’atome sans « chômage, ni pauvreté, ni criminalité ».
Les voyages à Tahiti ont donné lieu, au XVIIIe siècle, à une littérature abondante, souvent idéalisante ou affabulatrice. Entre Européens et Polynésiens, le dialogue ne pouvait avoir lieu, tant les relations entre eux étaient asymétriques.
Regroupant des études sur des sources longtemps peu mobilisées (images, objets, vestiges) dans le cadre de l’histoire de l’esclavage, paraît la première publication du comité scientifique du programme « Routes des personnes mises en esclavage. Résistance, Liberté et Héritage » de l’UNESCO.
On a découpé l’espace en méridiens non seulement pour s’y orienter, mais aussi pour délimiter les frontières ou répartir les ressources. Une manière très occidentale de mettre la main sur le monde.
La liberté que nous invoquons résulte-t-elle du rejet d’un idéal plus exigeant ? Soutenant l’idée que l’indépendance face au pouvoir a cédé la place à une liberté conçue comme simple absence d’entraves, Quentin Skinner identifie une mutation à la racine du discours libéral.
Abbès Zouache est connu pour avoir développé une anthropologie de la guerre dans le Proche-Orient médiéval. Dans cet essai personnel, fondé sur son expérience entre Moyen-Orient et Europe, il propose une réflexion sur la croisade comme phénomène mémoriel, en Occident comme dans les pays arabes.
Alors que se multiplient les initiatives muséales privées (fondations Arnault, Pinault, Cartier, etc.), les musées publics apparaissent fragilisés face à des contraintes budgétaires accrues. G. Adam dessine un panorama global des enjeux inhérents à la privatisation des musées.
Rousseau n’est pas un penseur du déclin, qui jugerait que l’histoire est un mouvement de corruption. Sa philosophie critique n’est pas pessimiste, mais permet de penser les conditions de l’action politique, et avec elles celles de la liberté.
Dans le sillage du renouveau des études sur les épidémies, la peste de Marseille (1720-1722) constitue un épisode important, tant du point de vue documentaire que de celui de l’histoire de la maladie, que Frédéric Jacquin tente d’approcher en enquêtant sur le vécu des acteurs concernés.
À combien doit-on estimer le prix d’une vie pour interdire les chaudières au fioul ? Pourquoi la tarification du carbone reste-t-elle compliquée ? Le changement climatique va coûter cher, Fanny Henriet revient sur les propositions des économistes pour l’atténuer.
Ghassan Hage montre comment la physique du social élaborée par Bourdieu permet de penser les formes de domination contemporaines à travers ce qu’il appelle une « écologie existentielle ».
Deux sociologues allemands ont cherché à dresser un portrait psychique des électeurs d’extrême droite. Les promesses non tenues par la société libérale expliquent le désir de destruction au cœur de l’identité fasciste.
S’appuyant sur l’histoire de la pensée économique, le testament intellectuel du grand économiste français Daniel Cohen montre que la croissance économique n’a de sens que si elle contribue au bonheur et invite à repenser l’économie comme un art de vivre.
Que disent les signalements de galériens du XVIIIᵉ siècle sur l’institution judiciaire et policière ? En confrontant archives administratives et notes personnelles, Arlette Farge donne à voir une histoire où l’identification des corps engage aussi l’émotion et le regard de l’historienne.
F. Teroni suit pas à pas les Méditations de Descartes, sans craindre d’en relever les insuffisances en retournant l’arme du doute contre lui et en le confrontant aux débats contemporains.
Une étude menée auprès de 20 400 répondants aux États-Unis montre que les personnes pour qui le monde se divise en perdants et en gagnants sont plus favorables à une redistribution plus égalitaire et à des politiques d’immigration plus restrictives.
L’historien Romain Bertrand et le dessinateur Jean Dytar retracent les premières années de la colonisation du Mexique en s’inspirant des gravures sur bois de l’art colonial et des codex mésoaméricains.
Derrière les milliers de certificats d’exilés arméniens passés par Marseille se cachent les traces d’un génocide et des chemins innombrables empruntés par ses survivants. Dans les marges, les ratures et les silences des formulaires administratifs se lisent la fin d’un monde et la survie.
Dans la Chine de Xi Jinping où toute dissidence semble impossible, des publications hétérodoxes ont continué à s’exprimer sur des supports divers, même s’il reste difficile de saisir les logiques de la censure et des sanctions auxquelles les auteurs se sont exposés : une anthologie en esquisse le panorama.
La taxation de l’héritage est très impopulaire, alors que la transmission des patrimoines est la source majeure des inégalités sociales. Au XIXe siècle pourtant, cette taxation et sa légitimité étaient discutées.
Entre Valois et Habsbourg, la lutte pour l’hégémonie européenne place la péninsule italienne du XVIe siècle au centre des affrontements. Marqués par des ententes fragiles et de soudains changements d’alliance, les rapports franco-florentins deviennent alors le laboratoire d’une diplomatie nouvelle.
En s’appuyant sur la pensée de Ricœur, J. Michel propose de transposer l’herméneutique comme méthode d’interprétation des textes au domaine des arts visuels. Mais que risque-t-on à transformer le visible en lisible ?
Sur l’île de Peleliu eut lieu, en 1944, une bataille particulièrement meurtrière. B. Cabanes en raconte la sauvagerie, dans un récit singulier qui multiplie les points de vue et s’efforce de saisir pourquoi elle peut encore nous hanter.
Que nous apprennent les sciences sociales sur ce que sont – et ne sont pas – les guerres civiles ? Fort de décennies d’enquêtes au cœur de la violence, Gilles Dorronsoro propose une théorie générale des guerres civiles et démontre l’utilité sociale de l’enquête de terrain.
Le harem a nourri l’imaginaire occidental jusqu’à aujourd’hui, véhiculant le cliché d’un monde despotique et misogyne. L’imposante documentation réunie par J. Dakhlia offre une vision plus nuancée.
Les minorités peinent souvent à faire reconnaître les savoirs qui leur sont propres, ou même les transmettre. Aux injustices sociales et raciales s’ajoutent ainsi des injustices épistémiques, contre lesquelles il faut également lutter.
Les espaces marins étudiés par l’anthropologue Fabien Clouette montrent comment l’humain et l’animal cohabitent. Ce dernier est alors tantôt renvoyé à sa nature sauvage, tantôt à des caractéristiques anthropomorphisées.
La mésoéconomie s’intéresse à l’articulation de choix individuels en projets collectifs, processus central pour penser le changement et accompagner les transitions sociétales.
Fernand Deligny, qui avait créé un réseau d’accueil pour enfants autistes, réfléchit dans un essai inédit sur la manière dont, dans le développement humain, culture et biologie se nouent – ou ne se nouent pas. Les contributions qui accompagnent la publication de cet inédit mettent en lumière l’originalité de ces réflexions.
La génétique s’invite dans les débats sur le haut Moyen Âge : en articulant données biologiques, archéologiques et historiques, elle renouvelle l’étude des migrations et des identités, loin des modèles raciaux et des récits figés d’origine des peuples européens.
L’ouvrage classique d’Annette Lareau, récemment traduit en français, éclaire la socialisation primaire d’un nouveau jour, en montrant l’importance des stratégies parentales d’éducation et les inégalités qu’elles perpétuent, entre “mise en culture concertée” et “pousse naturelle” des enfants.
Une équipe franco-allemande a analysé les photos – devenues iconiques – de l’arrivée des Juifs hongrois à Auschwitz en 1944. Il s’agit autant de documenter le meurtre de masse que de comprendre le processus de construction de l’album.
L’histoire des parcs d’Afrique de l’Est met en scène des « gentlemen-experts » postcoloniaux désireux de recréer le « paradis terrestre ». Leur pseudo-écologie aristocratique doit être remplacée par une authentique écologie populaire.
Une synthèse sur la figure du grand empereur permet une lecture renouvelée de son règne. Pourtant, les Carolingiens n’ont pas tout inventé : une grande partie de ce qu’on leur attribue remonte en réalité beaucoup plus haut.
L’antisémitisme connaît depuis quelques années une remontée inquiétante en France et fait l’objet de débats publics controversés. Un ouvrage de deux militants propose des outils pour reconnaître et former à la lutte contre l’antisémitisme.
Peut-on faire de la recherche en sciences sociales en étant assis au bar d’un club de golf ? D. Connan nous fait entrer dans ces clubs où se côtoient les personnalités kenyanes détenant le plus de pouvoir. L’histoire de ces institutions permet d’étudier les transformations de l’État kenyan et des élites qui le composent.
Un volume rend hommage à Jean-Paul Deléage, récemment disparu, qui fut le cerveau d’une écologie authentiquement politique en France à la fin du XXe siècle.
Plusieurs responsables politiques français dédaignent l’archéologie quand elle concerne leur pays, alors qu’elle y est très populaire. D’où vient ce curieux mépris teinté d’ignorance ?
Anarchiste étatsunienne, Voltairine de Cleyre (1866-1912) a eu des engagements multiples comme militante, écrivaine ou amoureuse. Son parcours largement ignoré entre en résonance avec les luttes d’aujourd’hui.