La rationalité occidentale, dualiste et anthropocentrée, serait selon l’écoféministe australienne Val Plumwood, à l’origine de la crise écologique. Il est temps de procéder à une nouvelle Critique de la Raison.
L’ardeur des pillards est cette dynamique d’épuisement du vivant dont Hicham-Stéphane Afeissa esquisse les contours en mobilisant l’ensemble du champ de la pensée écologique.
Le libéralisme de guerre froide est un méconnu en France, alors que son importance théorique n’est pas négligeable : les critiques qu’il a adressées à l’Etat sont en grande partie à l’origine du néoconservatisme.
Si les classes sociales suscitent de nouveau un intérêt certain, leur définition comme leur articulation avec d’autres rapports sociaux souffrent souvent d’approximations. La traduction posthume d’un ouvrage du sociologue Erik Olin Wright apporte des clarifications et un éclairage marxiste utiles.
Il faut reconstruire l’universel : non comme un modèle surplombant qui devrait s’appliquer à toutes les régions du monde, mais à partir de leur singularité – latéralement et non d’en haut.
Selon F. Monferrand, Marx aborde le capitalisme comme une vaste entreprise de mise au travail de la nature – au double sens des corps humains et des environnements non-humains. L’auteur élabore ainsi les contours d’un “naturalisme historique” dont il montre l’actualité politique et écologique.
Kant écologiste ? Ni véritable artisan d’une science environnementale, ni penseur de l’écologie politique, Kant constitue cependant, selon Christophe Bouriau, une ressource philosophique majeure pour affronter les défis écologiques actuels.
Si le philosophe anglais Thomas Hobbes est principalement connu pour sa conception de la souveraineté, certains écrits de jeunesse, jusqu’à présent inédits en français, nous informent sur la gestation de sa pensée politique.
Faut-il voir avec Descartes dans la douleur un avertissement salutaire, mais sans portée cognitive, ou avec Leibniz une “expression” représentative de notre corps ? R. Andrault explore les débats post-cartésiens à l’âge classique.
Souveraineté populaire et État de droit ne sont pas séparables : l’idée qu’il pourrait exister des « démocraties illibérales » ne repose sur aucun fondement et fait le jeu du populisme.
L’enfance marginale et inadaptée (orphelins, vagabonds, délinquants) a une histoire : celles des condamnations dont elle a fait l’objet, mais aussi celles des études qu’elle a suscitées et celle des institutions qui l’ont prise en charge.
Amer savoir, celui qu’on tire du voyage ! Mais au fait, pourquoi voyager ? Et peut-on habiter le monde tout en le parcourant ?
Nous ne savons pas s’il est bien d’être un vampire. Il faudrait, pour s’en convaincre, rencontrer d’anciens humains devenus vampires qui nous expliqueraient les avantages de leur nouvelle vie. Mais les croirait-on pour autant ?
John Bellamy Foster présente une approche marxiste de la crise écologique fondée sur le matérialisme écologique, l’hypothèse de la « rupture métabolique » et la dialectique de la nature.
Sommes-nous responsables de notre santé ? Oui, disent les politiques publiques libérales. C’est ne pas voir que les inégalités sociales ont des effets pathogènes profonds.
Andrea Wulf fait revivre le premier romantisme en retraçant l’histoire toute romanesque du cercle d’hommes et de femmes qui en Allemagne inventèrent le moi moderne.
Les sociétés amazoniennes ont longtemps été considérées comme des sociétés égalitaires aux relations symétriques. Carlos Fausto montre que les relations asymétriques du type maître-animal apprivoisé sont pourtant au cœur de la théorie politique locale.
Pour quelles raisons estime-t-on que nos sociétés sont plus libres, prospères ou démocratiques grâce à l’institution de la propriété privée – et non pas malgré elle ?
Günther Anders voyait en l’homme un “animal jeteur” et projeteur, mais par là aussi un être “pauvre en instincts”, déficient, lacunaire, inadapté et finalement voué à l’autodestruction.
Le philosophe américain John Dewey réactualise dans un livre inédit en français la notion de nature humaine et en tire toutes les conséquences sur le plan éthique et social afin de justifier une conception mélioriste de l’expérience.
Comment sauver la biodiversité de son extinction programmée sans appauvrir et exclure les populations dépendantes des écosystèmes ? En admettant la portée politique de la conservation et en l’inscrivant dans un projet anticapitaliste, répondent les sociologues Bram Büscher et Robert Fletcher.
La psychanalyse peut-elle éclairer nos errements face à la crise environnementale ? Oui, selon Cosimo Schinaia, à condition de réformer son épistémologie, en faisant de l’environnement non-humain un facteur décisif dans le développement psychique des individus.
On peut difficilement se passer du concept d’exploitation pour décrire les nombreuses formes d’injustice engendrées par le capitalisme. Marx reste donc encore très contemporain.
Contestant les anthropologies de l’égoïsme possessif, Philippe Chanial reprend le paradigme du don pour étayer les logiques de solidarité et relativiser l’emprise de la domination et de l’exploitation.
Les sociétés primitives, explique Lévy-Bruhl, se montraient vigilantes aux signes annonçant les catastrophes, pourtant imprévisibles. Voilà qui doit nous inspirer, nous qui devons aujourd’hui être en alerte.
Derek Parfit (1942-2017) est l’un des philosophes anglais les plus importants de sa génération, à qui l’on doit, notamment, d’avoir posé le problème de nos devoirs à l’égard des générations futures. Une récente biographie offre un portrait nuancé de ce génie parfois considéré comme excentrique.
Peut-on critiquer les normes sans retomber à son tour dans une autre forme de normativité ? P. Niedergang nous invite à distinguer normalisation et normativité, communauté et « communisme queer ».
Le philosophe Pablo Gilabert propose de repenser le socialisme à partir des exigences portées par l’idée de dignité humaine. Croisant les héritages de Kant et Marx, il dresse les conditions d’une société solidaire et libérée de la domination.
Le monde chrétien affiche une indifférence égalitaire à la différence des sexes, mais il est en réalité très inégalitaire avec les femmes. Dieu le père a remplacé l’imaginaire païen de la terre-mère, qui vante la commune appartenance à Gaïa.
Si Aristote a été couronné comme le « maître de ceux qui savent », car il a exploré tous les champs de la connaissance, il était d’abord physicien et biologiste. Ces aspects centraux de sa pensée sont pourtant aujourd’hui les moins appréciés et enseignés. Pierre Pellegrin les réhabilite.
Peut-on faire de Nietzsche un penseur du social ? Entre critique sociale et critique du social, les traditions herméneutiques de France et d’Allemagne qui ont pu se réclamer de lui invitent à réviser le jugement hâtif que certaines lectures marxistes ou anti-postmodernes ont accréditées.
Classements, fichiers, catalogues, le recyclage des cartes à jouer apparaît comme un moment charnière dans les transformations des pratiques savantes du XVIIe au XIXe siècles.
Les cours de Deleuze sur la peinture envisagent non pas le tableau achevé, mais l’ensemble des conditions psycho-physiologiques qui président à l’acte de création.
On ne choisit pas toujours d’aller sur le terrain, mais on choisit d’y rester, voire d’y retourner. Quatre philosophes partagent leur expérience de terrain et rendent compte de son rôle dans leur réflexion philosophique.
Face au risque de perdre l’homme à cause du moi, Pierre Guenancia propose d’écarter le moi afin de retrouver l’homme.
Peu d’auteurs dans l’Antiquité avaient un discours sur l’esclavage, mais beaucoup en parlaient tout de même, parfois entre les lignes ou par des voies détournées, afin de le critiquer ou de le justifier.
Sous le pacte social hypothétique des philosophes œuvre un contrat racial bien réel, qui a justifié l’exploitation des non-Blancs sur la base de distinctions morales, cognitives et esthétiques dont les effets pèsent encore aujourd’hui. Telle est la thèse de Charles Mills, enfin traduite en français.
Les violentes conséquences naturelles du réchauffement climatique, pour le marxiste Andreas Malm, exigent de repenser la distinction entre rapports sociaux et causes naturelles, pour mieux comprendre leur combinaison et lutter efficacement pour le climat.
Dans le sillage de Marcel Mauss, Pierre Lemonnier aborde les rites des initiations masculines des Baruya de Nouvelle-Guinée non pas en fonction du signifiant qu’on peut leur accoler, mais de l’action sur la matière qu’ils rendent possible.
Rien de plus difficile que de comprendre le temps, dont on ne sait s’il existe par lui-même et s’il est même définissable. Le problème est classique, mais F. Wolff lui apporte une réponse originale, ni physique, ni phénoménologique.