En transformant l’épopée homérique en récit de culpabilité, de traumatisme et de rédemption, Christopher Nolan ne se contente pas d’adapter L’Odyssée. Il la soumet à une grille morale, psychologique et politique qui dénature souvent le monde grec qu’il prétend restituer.
L’art naît de contrainte et meurt de liberté : il semble que le cinéma iranien, sous contrôle et censure, illustre ce fameux adage.
Le film que Walter Salles consacre à la disparition de l’ancien député Rubens Paiva a provoqué de nombreuses polémiques. Il est surtout un acte de mémoire dans le long chemin que le Brésil parcourt pour se rendre justice.
Muse du cinéma moderne puis « insoumuse » révoltée, l’actrice et réalisatrice féministe Delphine Seyrig semble plus que jamais notre contemporaine, par la persistance de son aura comme par l’écho rencontré par ses combats.
En trois volumes rassemblant l’œuvre écrite et parlée de Chantal Akerman, apparaît l’écrivaine derrière la cinéaste.
Le patriarcalisme s’est constitué en grande partie en effaçant les voix des femmes, plus encore en les poussant à s’effacer elles-mêmes. Le cinéma permet de démasquer cette stratégie misogyne.
Et si le statut d’auteur de film avait autorisé la violence sexiste aujourd’hui dénoncée par les milieux du cinéma ? De nombreuses femmes cinéastes ont cependant contribué à élaborer cette notion ; d’autres ont préféré défendre l’idée d’œuvre collective.
Électron libre de la Nouvelle Vague, longtemps négligé par la critique, Louis Malle est mis à l’honneur dans un ouvrage collectif ambitieux qui varie les focales pour replacer l’œuvre du cinéaste au sein de contextes multiples et en souligner la profonde cohérence.
« Un auteur n’a pas de droits, il n’a que des devoirs ». Après avoir participé à la « Politique des auteurs », Godard fut à partir de 68 un critique virulent de la propriété des films, ce qu’il mit en pratique dans son travail de cinéaste et de médiateur entre les arts et la politique.
Combinant l’esthétique, la psychanalyse, la sémiologie, la philosophie, la stylistique et les théories cinématographiques, N. Mauffrey aborde l’oeuvre d’Agnès Varda sous l’angle de la “cinécriture”, procédant par collages.
Des mégalopoles immenses où les individus se perdent, des systèmes froids où les personnages sont de simples rouages, des métiers dans lesquels les hommes s’épuisent : Michael Mann pose un regard acéré et mélancolique sur le monde contemporain.
Rocky n’est pas un simple personnage de film, mais une figure qui porte les aspirations de l’homme blanc et viril dans la culture populaire américaine – fantasme d’une nation qui l’emporte toujours contre le Noir et le communiste.
En dialoguant avec des neuroscientifiques, Anouk Grinberg montre que le mentir-vrai des acteurs met en jeu des mécanismes cérébraux impliquant la mémoire, les émotions et le corps. La comédienne est plusieurs personnes à la fois, sans cesser d’être elle-même.
La série, qui triomphe partout dans le monde, particulièrement auprès du jeune public, offre une métaphore sur les ravages du capitalisme et la faillite des illusions démocratiques. Ses modernes jeux du cirque reflètent notre condition, à la fois victimes sacrifiées et consommateurs insatiables.
Les dernières œuvres plastiques de Derek Jarman, “peintures textes” ou “peintures slogans”, traduisent la colère face aux formes d’homophobie spécifiques aux années sida. Elles sont exposées cet automne au Centre d’Art d’Ivry-sur-Seine.
La manière dont la vie nocturne a été affectée par les restrictions sanitaires nous invite à revenir sur les formes et la valeur de la nuit que nous connaissions auparavant. Pionnier dans le champ émergent des night studies, Will Straw éclaire l’histoire de la nuit et les implications de sa disparition.
Les textes du cinéaste et critique Jacques Rivette sont réunis pour la première fois. Celui pour qui “toute description lucide contient le jugement” se mettait lui-même en scène dans ses écrits.
La littérature et le cinéma jouent depuis longtemps avec l’idée de fin du monde. En imaginant les formes de vie ou de société qui émergeront de l’apocalypse, explique Jean-Paul Engélibert, ces récits doivent se lire avant tout comme critique du présent.
#MeToo a soulevé la question de la violence dans les milieux du cinéma, mais aussi celle de l’imagerie qui affecte la représentation des corps. La notion de « male gaze » et la possibilité d’un regard féminin émancipateur permettent de déconstruire la machine à fantasmes.
La représentation des écrivaines au cinéma fait-elle l’objet d’un traitement spécifique ? Victimes ou réfractaires, ces femmes permettent de poser la question de l’auctorialité sans la limiter à la sphère littéraire.
Il incarne tour à tour le pouvoir, le parasite, la passion. De la littérature au grand écran, le vampire voyage et se métamorphose. L’exposition « Vampires » cartographie la trajectoire de cette figure protéiforme qui, à l’image du cinéma, se fait surface de projection des inquiétudes du temps.
Le film de Polanski a remis au premier plan le colonel Picquart, antisémite et dreyfusard. Mais fut-il le lanceur d’alerte que présente le film, en tordant la réalité historique, ou un objecteur de conscience qui tenta le plus longtemps possible de rester dans la légalité pour sauver l’institution ?
Le succès de la dernière palme d’or s’explique par certaines spécificités de la société coréenne comme la coexistence des riches et des pauvres, et par une vigueur sarcastique que le cinéma coréen partage avec le cinéma italien de la grande époque, avant le triomphe de la télévision.
La parution des écrits complets d’André Bazin (1918-1958) est un événement considérable pour la critique d’art. Hervé Joubert-Laurencin, qui a présidé à ce monumental travail d’archives, rappelle dans cet entretien ce qui fait la particularité de celui qui se définissait comme un sociologue du cinéma et qui fut, avant tout peut-être, un écrivain de premier plan.
Aux représentations hollywoodiennes du changement climatique, de type catastrophiste et sensationnaliste, s’oppose l’émergence d’un nouveau type de cinéma plus authentiquement écologique, qui prend en compte la question de la soutenabilité tant dans ses thématiques que dans ses méthodes de production.
La télévision contamine le cinéma et ne permet aucune expérience du monde. Dans ses derniers textes, Serge Daney pointe la naissance d’un nouvel ordre audiovisuel, qui n’enregistre plus la réalité et qui ne renvoie plus qu’à lui-même.
Plus de soixante-dix ans après la création de la Sécurité sociale, la sociologue Colette Bec et le réalisateur Gilles Perret débattent des idées qui ont construit la protection sociale en France et des évolutions libérales auxquelles elle est aujourd’hui confrontée.
Primé par la Palme d’or à Cannes, le dernier film de Ken Loach suit le combat d’un charpentier victime d’un accident cardiaque pour faire valoir ses droits à une allocation de chômage. I, Daniel Blake, offre une juste description de la déshumanisation subie par les plus démunis dans un Royaume-Uni miné par la désindustrialisation et les inégalités.
En URSS, de nombreux films ont été consacrés aux années de révolution et de guerre civile. Leur étude met en lumière le travail de l’idéologie et de la censure, tout en posant la question de la réception et de la « vérité documentaire ».
L’hyperréalisme de The Revenant ne doit pas tromper : le film d’Iñárritu est davantage l’ego trip d’un cinéaste virtuose qu’une peinture fidèle de ce que les trappeurs ont amené à la conquête de l’Ouest. Malgré une reconstitution soignée des conditions de vie, les clichés et les approximations y sont nombreux.
En analysant la multiplicité des individus et des investissements qui rendent possible la réalisation d’un film, Olivier Alexandre ne critique pas seulement l’idéologie auteuriste qui marque le cinéma français : il révèle la précarité des réalisateurs qui peinent à faire aboutir leur projet personnel et à se maintenir dans la carrière.
Godard cite beaucoup dans ses derniers films : il emprunte des images, il les arrache à leur contexte narratif et s’autorise par ce procédé des jugements souvent péremptoires. Mais avec quelle autorité, s’interroge G. Didi-Huberman ?
Le cinéaste israélien Amos Gitaï revient sur les rapports entre le cinéma et la littérature, la mémoire, l’espace, la langue. Il évoque notamment l’adaptation du roman autobiographique de Jérôme Clément qui retrace la quête d’un fils à la recherche du passé douloureux de sa mère juive.
L’imagination est-elle une ressource ou une menace pour l’écriture de l’histoire ? Indéniable outil de connaissance, elle permet surtout de faire le lien avec d’autres mises en présence du passé, comme le roman, le cinéma ou les séries télévisées.
Peut-on aborder l’homosexualité comme une culture ? Prenant au sérieux les stéréotypes, comme l’ironie ou la féminité, David Halperin montre qu’il faut moins les considérer comme des traits caricaturaux que comme les indices d’un rapport particulier au monde, que les gays doivent apprendre.
Le film d’Arnaud Desplechin, hommage aux études de cas freudiennes, est en réalité une psychanalyse de l’analyste. Guérisseur de l’âme, celui-ci n’échappe pas aux contradictions de son identité. Mise en scène du pouvoir transformateur de l’analyse et du besoin universel qu’en auraient les hommes, le film efface en partie le projet historique du livre qui l’inspire et invite à examiner la logique d’une œuvre — celle du cinéaste.
Quelle histoire nous raconte Sugar Man, film récompensé en février 2013 de l’oscar du meilleur documentaire ? S’interrogeant sur le succès critique, médiatique et populaire d’un film qui tourne au conte moral, Denis-Constant Martin analyse la fabrication d’un mythe présentant une vision déformée de la société sud-africaine.
À travers la mise en scène d’un lieu de drague homosexuelle au bord d’un lac, Alain Guiraudie bâtit un thriller minimaliste qui touche à la fois au conte, au mythe, et à l’observation oblique de la solitude affective contemporaine.
À partir d’une enquête en profondeur, Mathieu Trachman révèle que la pornographie hétérosexuelle est un travail aux exigences différenciées pour les acteurs et les actrices qui s’y livrent. Reprenant l’impératif d’authenticité du capitalisme contemporain, le travail pornographique, s’il crée des hiérarchies, n’en est pas moins le lieu d’une forme de réalisation.
La critique sociale au cinéma n’est pas un genre, mais une fonction qu’un film peut mettre en œuvre, à certains moments et parmi d’autres fonctions. À partir de cette hypothèse d’analyse, Franck Fischbach explore ce que le cinéma peut nous faire voir, avec son langage propre, de la souffrance humaine au sein de la société.