Faut-il étudier les cultures sans jamais juger de leur valeur ? Oui, disait Bruno Latour, car nous n’avons aucun droit à trier entre bonnes et mauvaises pratiques. Mais ce refus de l’évaluation est contestable.
Berlin est devenue, à partir du XIXe siècle, une très grande ville, qui a modifié en profondeur l’expérience de ses habitants et les manières de vivre, et que les Nazis, une fois au pouvoir, se sont efforcés de soumettre.
Ghassan Hage montre comment la physique du social élaborée par Bourdieu permet de penser les formes de domination contemporaines à travers ce qu’il appelle une « écologie existentielle ».
Les espaces marins étudiés par l’anthropologue Fabien Clouette montrent comment l’humain et l’animal cohabitent. Ce dernier est alors tantôt renvoyé à sa nature sauvage, tantôt à des caractéristiques anthropomorphisées.
Comment étudier « la vie » ? « Être vivant » signifie-t-il la même chose qu’« être en vie » ? L’anthropologue Perig Pitrou propose de décortiquer ces questions à travers divers exemples ethnographiques autour du monde.
Notre définition de la nature ne correspond pas à celle des Grecs et des Romains. Du « mois du bœuf » à « dame Forêt », les Anciens ne songeaient pas à séparer les hommes de leur environnement animal ou végétal.
La figure tutélaire de Lévi-Strauss a fait de l’ombre à la diversité des recherches anthropologiques françaises des années 1950. Une vaste étude leur rend justice.
Appuyant son anthropologie historique sur un riche corpus textuel, Régine Le Jan entreprend l’exploration des relations interpersonnelles au haut Moyen Âge, y voyant une spécificité socio-politique de l’Occident latin.
Les sociétés amazoniennes ont longtemps été considérées comme des sociétés égalitaires aux relations symétriques. Carlos Fausto montre que les relations asymétriques du type maître-animal apprivoisé sont pourtant au cœur de la théorie politique locale.
Les Amérindiens ont du mal à se mobiliser contre une industrie pétrolière dont ils dépendent à bien des égards. Mais peut-on étudier ces mobilisations avec les seuls outils de la science politique, sans s’appuyer sur l’anthropologie de l’Amazonie ?
Le massacre rituel commis par les Natchez à l’encontre de plusieurs centaines de colons français en Louisiane, le 28 novembre 1729, est le point de départ d’une violence coloniale exercée sur une tribu jusqu’à sa quasi-disparition.
Contestant les anthropologies de l’égoïsme possessif, Philippe Chanial reprend le paradigme du don pour étayer les logiques de solidarité et relativiser l’emprise de la domination et de l’exploitation.
Les sociétés primitives, explique Lévy-Bruhl, se montraient vigilantes aux signes annonçant les catastrophes, pourtant imprévisibles. Voilà qui doit nous inspirer, nous qui devons aujourd’hui être en alerte.
La rétention des dépouilles de guerre, et donc l’empêchement des rituels funéraires, joue un rôle important et peu étudié dans le conflit israélo-palestinien.
Dans le sillage de Marcel Mauss, Pierre Lemonnier aborde les rites des initiations masculines des Baruya de Nouvelle-Guinée non pas en fonction du signifiant qu’on peut leur accoler, mais de l’action sur la matière qu’ils rendent possible.
Au XIXe siècle, des paysans indiens affirment que des dieux luttent contre l’Empire colonial britannique ; un responsable politique de l’actuel Viêt Nam qu’il ne peut extraire le charbon du sous-sol puisqu’un dragon vit sous la terre. En quoi la métaphysique peut nous aider à interpréter ce qui est dit ici ?
En s’intéressant aux jeux de soi et de prestige – le « boucan » – chez les jeunes franciliens d’origine africaine et antillaise, Laura Steil offre une contribution singulière à la connaissance de l’économie des relations et du pouvoir dans les sociétés urbaines postcoloniales.
L’impact des activités humaines sur l’habitat naturel des animaux sauvages dans la région de l’Himalaya indien a conduit à une augmentation du nombre de félins mangeurs d’hommes. L’imaginaire populaire s’en ressent, du préservationnisme passionné à la volonté de tuer ces anthropophages.
L’ouvrage monumental de David Graeber et David Wengrow sur la formation des sociétés et des inégalités rompt les barrières entre archéologie préhistorique et ethnologie pour ouvrir sur un vaste projet anthropologique. Il échoue toutefois à articuler le champ politico-culturel et celui de la nature.
Les images ne sont que les figurations de notre rapport au monde – de nos manières de faire monde. P. Descola le montre dans une étude monumentale, qui fait droit à la diversité des cultures, des époques et des œuvres d’art.
Définir le social de telle sorte qu’il puisse non seulement inclure les animaux, mais aussi toutes les relations entre les espèces : c’est ce qu’entend faire T. Ingold dans ce recueil d’articles. Le défi est grand, mais à la hauteur de ce que demande aujourd’hui une anthropologie écologique.
Comment les sciences sociales peuvent-elles penser le désordre constitutif d’une société ? Comment écrire sur des groupes marqués par une « mauvaise réputation », et qui refusent d’être un objet de savoir ? Tel est le défi que lancent les Toubou du Tchad aux chercheurs.
L’œuvre de Marcel Mauss éclaire les dynamiques des relations internationales contemporaines. Contre les abolitionnistes, Grégoire Mallard soutient que la dette peut générer des obligations réciproques entre États, si ces dernières s’inscrivent dans un processus réel d’égalisation des conditions.
Les chasseurs sont davantage préoccupés des fragilités de la nature qu’on ne le croit généralement. Ils en sont les premiers témoins et leur relation à l’animal n’est pas seulement faite de prédation aveugle.
Les indiens convertis au christianisme par les Jésuites européens se montraient enthousiastes mais “inconstants”. S’ils s’ouvraient aux cultes étrangers, c’était plutôt, selon Viveiros de Castro, par tradition cannibaliste que par “foi”.
Loin d’être unifiée autour des principes du wahabbisme, l’Arabie Saoudite connaît de profondes divisions sociales. Les militants islamistes prospèrent dans les marges péri-urbaines des villes saoudiennes.
L’anthropologue Mark Anderson étudie les ambiguïtés du discours de Franz Boas sur la question raciale, perpétuée selon lui par ses héritiers. Mais peut-on vraiment parler des « Boasiens » ?
La modernité s’est construite sur l’idée d’un partage fondamental entre la nature et la culture, entre les humains et les non-humains, entre le monde et l’esprit. Ces distinctions, comme le montre un ouvrage collectif et interdisciplinaire, n’ont désormais plus cours.
Entre naturalisme et humanisme, à mi-chemin de Perec et d’Adorno, Didier Fassin propose d’envisager les vies humaines selon la variable d’évaluation que leur accorde l’environnement social. Aux morales de compassion se substitue alors l’exigence de justice.
L’aide internationale ne se réduit pas au financement du développement. À partir d’enquêtes menées auprès des populations concernées, un recueil dévoile la réalité concrète des institutions et des professionnels qui mettent en œuvre les politiques de développement dans des contextes variés.
Le néolibéralisme est souvent considéré comme une simple idéologie gestionnaire, dont les effets se feraient sentir surtout sur la sphère économique. Il n’en est rien, selon Wendy Brown : le néolibéralisme est une révolution anthropologique majeure, qui change notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au commun.
Dans l’œuvre de Lévi-Strauss on trouve les éléments d’un « manifeste anthropo-écologique ». S. D’Onofrio les réunit et présente l’émergence de l’anthropologie structurale comme une réponse aux excès catastrophiques de la civilisation occidentale.
L’écologie aussi connaît un tournant décolonial. Les travaux – inédits en français – de l’anthropologue Arturo Escobar montrent comment les luttes des indigènes et les mouvements de libération en Amérique latine apprennent à lutter de façon réaliste contre le néolibéralisme, et à favoriser un usage responsable des ressources.
J. Bonhomme et J. Bondaz proposent une anthropologie de la rumeur en montrant sa genèse et ses significations en Afrique de l’Ouest. Mais cette anthropologie est dépendante d’un naturalisme qui imprègne encore fortement les sciences sociales.
Les arbres pensent, explique E. Kohn, parce qu’ils ont une faculté de représenter le monde, et l’anthropologie nous aide aujourd’hui à dépasser la distinction entre humains et non-humains. Le risque est cependant de donner de la pensée une définition assez pauvre.
De Hobbes, on a l’habitude de brosser un tableau sans nuance : son œuvre justifierait l’absolutisme le plus terrible, sa théorie politique serait le comble de l’immoralité. Cette lecture, explique L. Foisneau, est injuste.
En abordant l’inceste comme pratique plutôt que comme interdit fondateur, l’anthropologie aurait-elle plus de chances de le saisir ? C’est ce que suggère l’enquête de L. Le Caisne sur un village de la région parisienne, théâtre d’un inceste « ordinaire », connu de tous et pourtant tu. Ainsi s’organise socialement la violence.
À partir du cas vénézuélien, Federico Tarragoni propose de réhabiliter le concept de « révolution » en accordant une place centrale à la manière dont les habitants des quartiers populaires (les barrios) se sont appropriés la politique d’Hugo Chavez.
Un nouveau recueil sous la direction d’Emmanuel Alloa, portant sur le développement des études visuelles, éclaire ce que l’anthropologie apporte à notre perception de l’image. La richesse et la diversité des approches, cependant, rend difficile une perception unifiée de la question.
Anthropologue de la ville, Michel Agier revient sur ses recherches dans un ouvrage qui fait le point sur les concepts qui permettent de « penser la ville » aujourd’hui, à l’aune de ses espaces délaissés ainsi que des activités de ceux qui l’habitent.