Histoire du masculin et histoire des hommes, ce livre collectif montre que, si la masculinité nazie « idéale » s’opposait à celle des Juifs et des homosexuels, elle était elle-même questionnée et morcelée, dans la sphère privée comme à la guerre.
Pour penser la catastrophe qui vient, Jean Vioulac propose, après d’autres, une fresque historico-philosophique de l’humanité. Il n’est pas sûr cependant que celle-ci débouche sur autre chose qu’un nouveau discours catastrophiste n’ouvrant aucune perspective de solution.
Dialogue des religions, échanges marchands, circulation des esclaves, mobilité des savoirs, relations de pèlerinage et de pensée, colonisations, résistances, créolités : tout connecte les Africains au reste du monde.
Après 200 000 ans de stagnation, le niveau de vie des humains a brusquement commencé à croître il y a deux siècles. Oded Galor en cherche l’explication dans le contexte géographique, mais aussi la dynamique et la structure des populations humaines.
L’Algérie a-t-elle été un septième membre de la Communauté européenne à ses débuts ? Megan Brown met en valeur l’importance du concept d’Eurafrique, qui relativise la perception des frontières et de l’identité européenne, tout comme son caractère chimérique pour la majorité des acteurs de l’époque.
Grave maladie propre aux soldats, disparaissant à la fin du XIXe siècle, la nostalgie fait l’objet d’une enquête magistrale, au croisement de l’histoire des sensibilités, de la médecine et de la guerre.
Au début du XIe siècle, la chute du califat omeyyade s’accompagne d’une fragmentation politique. C’est dans ce contexte singulier, bientôt aggravé par les avancées des chrétiens au nord et des Berbères au sud, qu’a lieu l’effervescence culturelle qui caractérise cette partie du monde musulman.
Le livre comme forme de discours s’inscrit dans des matérialités. Parmi elles, le petit format, par exemple le « in-18 Grand Jésus » au XIXe siècle. C’est cette richesse, au-delà du papier, que la numérisation menace aujourd’hui.
Violence importée, annexion brutale, imposition de la langue du vainqueur, mais aussi désertion des soldats enrôlés : peut-on comparer l’agression russe en Ukraine à la politique de colonisation menée par les Occidentaux au XIXe siècle ?
L’océanologie – ce que nous connaissons, mais aussi ce que nous ignorons des océans – dérive en grande part de l’intérêt que leur a porté l’armée américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. Naomi Oreskes remet en question l’indépendance et la neutralité de la recherche scientifique au XXe siècle.
C’est en s’inscrivant dans un rapport de filiation critique à l’héritage des Lumières que la gauche, pendant plus d’un siècle, a construit son identité politique et a gagné ses plus éclatants combats. Voilà pourquoi il est dangereux pour elle, explique Stéphanie Roza, d’abandonner aujourd’hui cet héritage.
Avant d’être une métaphore désignant un espace marginal et dangereux, le terme de « zone » a désigné une réalité géographique précise : une bande de terre encerclant Paris, dont l’histoire, pourtant édifiante, a été en partie oubliée.
Jérémie Foa propose une « histoire des autres ». Les anonymes, jetés dans la Seine ou ensevelis dans des fosses communes, sont tombés sous les coups des tueurs, mais aussi dans un oubli que l’enquêteur répare. Un livre important sur les violences de masse.
Que penser du rôle assigné aux femmes dans les productions médiatiques sur la préhistoire ? On y découvre des femmes puissantes, annonçant une émancipation à venir. Ce nouvel ouvrage de la Collection Puf/Vie des idées fait le point sur ce que les données scientifiques peuvent réellement établir sur la question du genre dans la préhistoire.
Les mythes en vogue d’un matriarcat originaire ou de chasseresses héroïsées ne reposent sur aucune donnée scientifique sérieuse ; de surcroît, ils ne servent pas la cause féministe.
La statue de Champollion par Bartholdi, érigée en 1867 pour une exposition universelle, suscite aujourd’hui les controverses. Mais qu’en aurait pensé l’égyptologue lui-même ? Markus Messling revient sur ses engagements contrastés à l’occasion du bicentenaire de sa découverte.
Alors que le spectre de la catastrophe nucléaire refait surface, une historienne chevronnée entend renouveler notre regard sur la catastrophe de Tchernobyl, autour du déni qu’elle a suscité de toutes parts.
Ce nouveau volume de la collection Puf/Vie des idées explore l’histoire de la sensibilité et donne à voir tout ce que cette forme d’histoire anthropologique portant sur les façons de sentir et de ressentir, d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, peut apporter à l’intelligence des sociétés.
Extraite du livre qui paraît le 21 septembre sur “l’histoire des sensibilités”, cette vaste introduction retrace la genèse et les contours d’un genre historique qui s’est donné pour tâche de reconstituer les cultures affectives des siècles passés et de penser les ressorts sensibles de la vie sociale.
Y a-t-il aujourd’hui pénurie de blé parce que le conflit en Ukraine empêche la production et le commerce des céréales ? Oui, mais en partie seulement : ce que montre l’histoire du commerce des blés, c’est que celui-ci a toujours été une arme au service de la puissance et de la spéculation.
La canicule est un phénomène météorologique intense, mais aussi une catastrophe sociale et urbaine. C’est ce que révèle l’été 1995 à Chicago : l’environnement local et l’absence de politique publique conséquente furent pour beaucoup dans le lourd bilan.
Tu ou vous ? C’est une affaire politique. Toutes les périodes de grand bouleversement politique ont réinventé leur langage, leurs codes et les détails des relations quotidiennes. En 1789, le tutoiement s’impose comme arme d’égalité.
À quoi tient la longévité du pouvoir marocain ? À sa capacité à adapter sa double logique, impériale et nationale, aux réalités de l’âge néolibéral, argumentent Béatrice Hibou et Mohamed Tozy dans une enquête au long cours sur l’imaginaire de l’État au Maroc.
Les luttes des personnes en situation de handicap nous semblent récentes. Il n’en est rien. Au XIXe siècle déjà, la communauté sourde française se mobilisait pour l’accès à l’égalité pleine et entière ; les « entendants », eux, instrumentalisaient déjà des angoisses et utilisaient des arguments qui ont toujours cours aujourd’hui.
L’Europe est une réalité politique et économique, mais c’est aussi une idée, à la fois défendue et dénigrée depuis très longtemps. Faire l’histoire des ambiguïtés qu’elle recèle est aujourd’hui particulièrement indispensable.
Proust était-il « déjudaïsé », voire « antisémite » comme on l’a dit ? À l’occasion d’une exposition au Musée d’art et d’histoire du judaïsme et de la parution de son ouvrage Proust du côté juif, Antoine Compagnon fait le point sur ce qu’on sait de la famille maternelle de l’écrivain et de sa réception par les milieux sionistes dans les années 1920.
Dans une vaste fresque, Ian Tyrrell retrace l’histoire de l’idée de l’exceptionnalisme américain depuis 1630 jusqu’à la présidence de Donald Trump. Il montre comment cet idéal puritain s’est transformé progressivement pour devenir à partir des années 1980 une idéologie d’État.
Comment l’histoire du commerce a-t-elle façonné nos habitudes de consommation ? Quelles furent les stratégies des petits et grands magasins pour attirer les consommateurs et conquérir des marchés ? Deux ouvrages font le point sur ces questions importantes de l’histoire économique et sociale.
La dégradation de notre société présente de nombreuses analogies avec la crise de la République romaine. À partir du IIe siècle avant notre ère, violence, refus de réforme, intolérance engagèrent un processus de radicalisation, comme si les Romains ne parvenaient plus à faire société.
Le secret et les mensonges autour des essais nucléaires menés en Polynésie et de leurs effets délétères n’ont cessé de nourrir suspicion et rancœur à l’égard de l’État, en raison des entorses faites à la démocratie dans ces territoires issus de la colonisation.
Le roi lydien, Crésus, crut être assez riche et puissant pour conquérir le royaume de son voisin Cyrus. Mal lui en prit. Peut-on dresser des analogies avec certaine guerre actuelle ? Exercice risqué, mais comment y résister quand on est historien de l’Antiquité, et que l’on vit non loin du champ de bataille ?
La liberté est-elle un privilège blanc, circonscrit par des rapports de pouvoir fondés sur la race ? Telle est la question subversive que posait avant de disparaître en 2021 l’historien américain Tyler Stovall en comparant les empires américains, français et d’autres encore, sur deux siècles.
Comment l’année 1962, où le pouvoir bascule des autorités coloniales aux représentants du peuple algérien, a-t-elle été vécue par la simple population ? Faute d’archives, Malika Rahal propose une histoire incarnée des émotions.
L’ouvrage monumental de David Graeber et David Wengrow sur la formation des sociétés et des inégalités rompt les barrières entre archéologie préhistorique et ethnologie pour ouvrir sur un vaste projet anthropologique. Il échoue toutefois à articuler le champ politico-culturel et celui de la nature.
La mémoire n’est pas qu’un phénomène cognitif, linguistique et social. Elle est aussi une catégorie d’action publique qui fait l’objet de vives controverses politiques. Il est donc impératif de se demander à quoi et à qui servent les différentes commémorations du passé.
Dans ses mémoires, la grande chercheuse Catherine Coquery-Vidrovitch revient sur son enfance juive, sa découverte de l’Afrique dans les années 1960, le néocolonialisme de certains universitaires, ainsi que son parcours intellectuel et politique, où l’antiracisme occupe une place centrale.
La question préoccupe depuis longtemps les historiens du commerce international et du capitalisme : quelles sont les raisons de la domination exercée par les compagnies de commerce hollandaise (VOC) et anglaise (EIC) sur le commerce entre Europe et Asie à partir du XVIIe siècle ?
Le temps que nous vivons, celui de la transition climatique et énergétique, se caractérise par les sentiments d’urgence qui accompagnent l’attente. Quand les changements si souvent annoncés auront-ils lieu, pour le meilleur ou pour le pire ? Comment concilier le temps de l’attente et celui de l’action ?
Que peuvent les sciences sociales face à la diffusion médiatique d’un « sens commun » favorable à l’extrême droite ? Gérard Noiriel montre ce que la socio-histoire du langage apporte à l’analyse des discours contemporains, et décrit la manière dont concepts et récits passent de haut en bas.
La sécularisation n’a rien d’un modèle occidental qui se serait étendu lors de la décolonisation ; c’est, selon M. A. Meziane, le colonialisme lui-même qui l’a propagé comme un moyen de domination.