Le sociologue Michel Lallement explore l’univers des hackers en Californie, les mutations du travail qui s’y élaborent, au risque de le dépolitiser. Un autre ouvrage récent en constitue l’exact pendant : le portrait de figures contemporaines de la désobéissance restitue cette dimension politique mais perd l’ancrage social et spatial de la contestation à l’ère numérique.
Trois régimes, entre la fin du XIXe siècle et le début des années 1920, ont œuvré à la destruction du peuple arménien : le sultanat ottoman, le gouvernement des Jeunes-Turcs et le pouvoir kémaliste. Mais c’est au cœur de la Première Guerre mondiale, en 1915, que débute véritablement le premier génocide du XXe siècle. Des cérémonies officielles, de nombreuses publications et un colloque international à Paris ont marqué ce centenaire.
Les prisons changent-elles ? Dans son enquête dans une maison d’arrêt, Didier Fassin montre que les transformations promues pour protéger les droits des détenus sont limitées par les politiques pénales répressives, qui produisent la surpopulation et la violence derrière les murs, en enfermant toujours davantage de jeunes hommes pauvres.
Le Mouvement du Jihad Islamique en Palestine est hétéroclite : proche à la fois des Frères musulmans et du Hezbollah, il essaie de faire la synthèse entre un nationalisme de type séculier et un islamisme sunnite proprement palestinien. Trois auteurs en retracent l’histoire.
Le décrochage scolaire est une notion d’autant plus utilisée qu’il est difficile de lui donner un contenu. Le sociologue Pierre-Yves Bernard rappelle le contexte et les origines de cette notion. Il rappelle également comment les pouvoirs politiques ont souhaité traiter cette question.
Qu’entendent les économistes lorsqu’ils parlent d’efficience des marchés financiers ? La crise financière doit-elle sonner le glas de cette « hypothèse » ? Guillaume Vuillemey répond à ces questions en insistant sur le statut épistémologique particulier de la théorie économique.
Comment fonctionne le monde de l’art contemporain français ? Dans une série d’entretiens, l’historienne Anne Martin-Fugier donne voix aux acteurs de ce monde : galeristes, collectionneurs et artistes. Elle revient ici sur l’œuvre contemporaine : création, reconnaissance, valeur, passion.
Comment rendre justice aux victimes des conflits qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie ? Comment panser les innombrables traumatismes engendrés par le nettoyage ethnique ? I. Delpla mêle philosophie, anthropologie et sociologie pour répondre à ces questions.
Malgré une législation qui compte parmi les plus sévères d’Europe, la France est un des pays où la consommation de cannabis atteint les niveaux les plus élevés parmi les jeunes. Ce paradoxe doit être mis en perspective pour saisir les enjeux et les controverses liés à la pénalisation de l’usage de ce produit.
Le décrochage des étudiants à l’Université ne peut être séparé du décrochage de l’Université elle-même, et de sa segmentation au sein d’un enseignement supérieur et d’un monde de la recherche en pleine mutation.
Entre la fin du XIXe siècle et le dernier tiers du XXe siècle, les ouvriers ont occupé une place essentielle dans la société française. Au-delà de leur déclin quantitatif, ils sont devenus aujourd’hui de moins en moins visibles. Ce processus d’effacement se lit dans la catastrophe minière de Liévin en 1974.
L’individualisme occidental est souvent considéré comme une réalité homogène et unique : celle d’un être rationnel que les Lumières auraient imposée. Cette définition exclut les non-occidentaux d’un accès à l’individualité. À partir de la discussion d’un ouvrage qui affirme l’existence d’individus hors du monde euro-américain, François de Singly distingue deux dimensions de l’individu contemporain. Suivi d’une réponse d’Emmanuel Lozerand.
Dénonçant l’oubli de la période de l’indépendance par les historiens de l’Afrique, Frederick Cooper affirme qu’un continent d’États-nations n’était pas le résultat inévitable de la décolonisation.
Le jazz est un paradoxe : musique à la fois savante et populaire, phénomène global, oscillant entre patrimoine et avant-garde, tripots et philharmonies, il pose autant de problèmes au philosophe qu’au journaliste et au mélomane. Le jazz est le langage d’une modernité originale qui invente, mais sans rompre avec le passé.
Paul Feyerabend ne cessa de critiquer le rationalisme et l’approche abstraite de la philosophie des sciences, enfermée dans son jargon et son logicisme. Quitte à prêter le flanc au relativisme et à passer pour « le pire ennemi de la science » ?
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le rôle et le financement des Juifs américains sont décisifs pour la reconstruction de la vie communautaire française. Professionnalisme et apolitisme caractérisent dès lors le monde communautaire juif en France.
Le prix d’une œuvre d’art correspond-il à sa valeur artistique ? L’économiste Nathalie Moureau montre que valeur économique et valeur artistique de l’œuvre contemporaine sont généralement déconnectées, donnant lieu à l’apparition de bulles spéculatives. Trois facteurs principaux expliquent alors ce décalage : l’information médiatique, la recherche de distinction, la spéculation.
Pour Gaël Giraud, la démesure financière est à l’origine de la crise de la zone euro et de l’instabilité croissante de la finance mondialisée depuis les années 1980. La transition écologique ne peut être impulsée par la finance privée mais doit l’être grâce à une refonte de la BCE et de la gouvernance européenne.
Le fait de promettre implique-t-il nécessairement que l’on soit obligé de tenir sa promesse ? Et si tel est le cas, comment peut-on le prouver ? La réponse d’Alain Boyer est que toute promesse oblige et que la meilleure manière de le prouver est de relire Hobbes à partir de la théorie des jeux.
Au moment où la question de la propriété intellectuelle domine Internet, la lutte pour la mainmise sur l’univers numérique est de plus en plus présentée comme le « second mouvement des enclosures » : un emprunt trompeur, affirme Allan Greer.
Dissous en 1972, le mouvement situationniste continue de fasciner. Éric Brun passe au crible de l’analyse sociologique la courte vie de l’Internationale Situationniste. En soutenant la thèse de l’avant-garde, l’ouvrage ne brise que partiellement le mythe forgé autour de Guy Debord.
Comment le Parti Communiste, représentant des classes populaires sur la scène politique jusque dans les années 1970, est-il devenu un parti de professionnels, largement issus de milieux plus favorisés ? Croisant socio-histoire et analyse locale du politique, Julian Mischi met en lumière les causes et les enjeux politiques de ce déplacement.
Comparant France et États-Unis, Gunnar Trumbull montre que le développement du marché du crédit à la consommation s’explique par des coalitions d’intérêts différentes qui ont influencé les politiques du crédit de manières opposées.
En démocratie, la majorité a raison et la minorité doit se plier à ses décisions. Mais qu’est-ce qui le justifie ? Pourquoi le plus grand nombre devrait-il l’emporter ? Cet ouvrage collectif pose la question.
À l’occasion de la parution de son ouvrage sur la prison, Didier Fassin revient sur sa trajectoire intellectuelle. Celle-ci se caractérise par une diversification progressive des thèmes et des enjeux de l’enquête, mais aussi par l’élaboration d’une posture de recherche, à la fois critique et éthique, individuelle et collective.
Deux ouvrages reviennent sur la préparation idéologique et le déroulement du génocide des Tutsi, perpétré en 1994 avec l’aide d’une partie de la population. Ils montrent la double logique – verticale et horizontale – à l’œuvre dans la diffusion de la fureur meurtrière.
Le mouvement espagnol Podemos émane-t-il vraiment des Indignés ? Construit en tension sur deux modèles de démocratie (participative et plébiscitaire), Podemos dépend de la confluence d’une multitude de mouvements participatifs locaux et de leurs succès électoraux au cours des mois qui viennent.
L’œuvre de Philippe Descola s’est construite autour d’un système conceptuel singulier, sur lequel il revient longuement dans un livre d’entretien. Il en explique la genèse, en suit les évolutions et montre comment l’anthropologie nous sert aujourd’hui à comprendre la modernité.
Le 2 mai 1842, un rouleau de 10 km et 300 kgs entre dans la Chambre des Communes : la « charte du peuple », porteuse d’un vaste mouvement d’émancipation ouvrière. L’ouvrage de M. Chase, récemment traduit, en fait l’histoire « par le bas ».
L’État islamique est-il un État, comme il le revendique ? Ou désigne-t-il une nouvelle forme de souveraineté de type impérial ? Matthieu Rey en retrace l’histoire en Syrie et en Irak, en remontant à la domination coloniale européenne et aux deux guerres du Golfe.
Le modèle républicain peut-il parvenir à prendre en compte le pluralisme des identités ? La tolérance, fondement de nos sociétés démocratiques, doit-elle aujourd’hui être refondée ? Deux ouvrages, l’un américain, l’autre français, répondent à ces questions.
Quels sont les liens historiques entre la propagande pro-démocratique des USA au cours de la Guerre froide, le mouvement de la contre-culture et le développement de l’ordinateur ? Fred Turner montre comment l’histoire des media de masse éclaire leur signification à l’ère numérique.
Que devient l’alimentation des pauvres quand ceux-ci s’urbanisent ? La majorité des études en histoire de l’alimentation se sont focalisées sur l’alimentation des élites. Michel Bonneau propose, en faisant feu de tout bois, de retrouver la trace de repas évanouis.
Quinze ans après sa parution outre-Manche, le classique où Robert Tombs actualise l’interprétation de la Commune est enfin disponible dans notre langue. Loin des mythes qui soutiennent encore les batailles mémorielles, l’auteur réconcilie les acteurs et les chercheurs et éclaire l’événement par un décentrement général.
La réponse au djihadisme ne peut, selon F. Saint-Bonnet, résider seulement dans la répression. Le droit d’exception, comme l’indignité nationale, sont inefficaces, car le djihadiste, qui ne craint pas la mort, n’est pas un criminel classique.
La vie seule se répand et devient même un modèle de vie. Telle est la thèse audacieuse du sociologue Eric Klinenberg, qui pose néanmoins un certain nombre de questions cruciales : même revendiquée comme une libération, la solitude peut-elle satisfaire l’individu contemporain ?
Indissociable du mouvement hippie, l’usage récréatif de LSD-25 a donné lieu à l’interdiction précoce de ce médicament. Le potentiel psychothérapeutique de l’acide lysergique diéthylamide est pourtant bien établi, notamment en matière de soins palliatifs, et l’on peut souhaiter que l’exploration scientifique et médicale de ce produit se développe à l’avenir.
Bien qu’Émile Meyerson attise aujourd’hui l’intérêt, il fut longtemps oublié au profit de Gaston Bachelard, qui fonda ses positions philosophiques à son encontre. Un ouvrage entreprend de redécouvrir sa pensée et de la réévaluer en présentant ce qu’elle a de singulier, en retraçant les relations que Meyerson entretint avec ses contemporains et en suivant l’héritage qu’il laissa.
Beaucoup déplorent le triomphe de la culture de la célébrité sur la culture civique. Mais était-ce mieux autrefois ? Le livre brillant d’Antoine Lilti montre que la culture moderne de la célébrité est née à l’ère des révolutions, alors qu’émergeaient les notions nouvelles d’individualité et d’authenticité personnelle.
Poutine est anti-moderne, conservateur et expansionniste. Persuadé de la décadence de l’Occident en général et de l’Europe en particulier, il prône une « voie russe », qu’il pense être un autre modèle politique et social. M. Eltchaninoff analyse cette doctrine.