La philosophie politique de Canetti tient à son analyse de la masse, qui peut être répressive ou libératrice, terrorisante ou résistante. Car la masse sert les despotes, mais, en se métamorphosant, peut aussi ouvrir aux révolutions.
Comment vivre sa foi musulmane dans un contexte d’islamophobie grandissante ? John O’Brien explore les multiples façons dont de jeunes musulmans états-uniens parviennent à concilier leurs croyances et leur appartenance à la nation.
En Russie, le discours anti-corruption est devenu une arme politique : en médiatisant la condamnation des pratiques douteuses de hauts responsables politiques, le pouvoir en place, pourtant corrompu, neutralise ses ennemis tout en désamorçant les accusations de malversation à son encontre.
À chaque nouvelle crue de la Seine, le spectre de celle de 1910 vient hanter les esprits. Quel impact pourrait avoir la prochaine crue centennale tant redoutée ? Et que pouvons-nous faire pour nous y préparer ?
Dans une synthèse inédite d’histoire mondiale, François Jarrige et Thomas Le Roux explorent les sources politiques et scientifiques des pollutions et montrent que leur mondialisation à l’âge industriel n’avait rien d’inéluctable.
Luc Boltanski et Arnaud Esquerre invitent à repenser les mécanismes sociaux de production de la valeur et soulignent l’importance du fait de constituer des collections dans la dynamique des inégalités qui caractérise nos sociétés. En s’interrogeant sur les formes et enjeux de la marchandisation et de la formation des prix dans nos sociétés, ils montrent que l’insertion dans une collection enrichit un bien.
Peut-on interpréter les philosophes classiques à la lumière de la philosophie analytique contemporaine ? C’est le défi que relève avec brio M. Gleizer à propos de la conception spinoziste de la vérité et de la certitude, même si ce rapprochement peut laisser perplexe, sinon sceptique.
Loin de s’orienter vers une flexisécurité à la danoise, la réforme annoncée manque l’occasion de repenser l’articulation entre assurance, solidarité et assistance dans la prise en charge des chômeurs.
Quand beaucoup voient l’Amérique comme une terre de liberté, Sean Wilentz s’interroge sur la passion pour l’égalité états-unienne. Il pose ainsi un nouveau regard sur la vie politique du pays et sur la profonde opposition aux partis qui s’y rejoue périodiquement.
Alors qu’un dispositif inspiré de la procédure de plaider coupable vient d’être introduit en France, B. L. Garrett montre les avantages et les limites de cette pratique aux États-Unis. Si elle accélère le processus judiciaire et minimise les risques de déstabilisation de l’économie, les sanctions qui en résultent, souvent faibles, ne reflètent pas la gravité des transgressions commises.
Les arbres pensent, explique E. Kohn, parce qu’ils ont une faculté de représenter le monde, et l’anthropologie nous aide aujourd’hui à dépasser la distinction entre humains et non-humains. Le risque est cependant de donner de la pensée une définition assez pauvre.
La modernité, explique M. Gauchet, est un projet cohérent : celui de faire advenir une société autonome. C’est là incontestablement une de ses significations, mais peut-on considérer qu’il s’agit là d’un processus aussi unifié que l’auteur l’affirme ?
La révélation dans la presse de nombreuses affaires de harcèlement sexuel aux États-Unis a libéré la parole des femmes, en particulier sur les réseaux sociaux avec #metoo. En comparant la législation existante en France et aux États-Unis, Abigail Saguy révèle deux approches différentes pour lutter contre ce problème.
Dans une vaste fresque historique et comparative, David Spector explore la réticence des intellectuels français à se rendre aux arguments des économistes sur les vertus du marché.
La libéralisation de l’économie indienne a conduit à une corruption endémique et systématique de la classe politique indienne. Christophe Jaffrelot s’interroge sur la capacité de l’État de droit indien à résister à ce mouvement de criminalisation des élus.
Ce panorama des mobilisations contre le mariage homosexuel dans 12 pays européens met en exergue le processus d’unification de divers mouvements conservateurs sous la bannière fédératrice de la « croisade anti-genre ».
Revenant sur les sources de la théorie du complot judéo-maçonnique, un ouvrage monumental montre comment de communes hostilités ont structuré l’opposition d’une partie des catholiques au monde moderne et à la République.
Alors que l’université accueille les enfants de la démocratisation scolaire, la réforme Macron permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants. Défendant l’université comme lieu de formation et de recherches, S. Beaud et M. Millet invitent à s’interroger sur le sens de la poursuite d’études dans une société démocratique.
Pour Thomas Scanlon, l’égalité n’est pas une valeur politique en soi. C’est bien plutôt parce que nous souffrons des inégalités économiques que nous lui sommes attachés. Mais peut-on fonder un idéal politique uniquement sur des objections ?
Une sociologue enquête sur les moyens qu’ont trouvés les très grands bourgeois new yorkais pour s’accommoder de la culpabilité qui s’attache à leurs privilèges. Cherchant à être moralement dignes de leur fortune, ils s’identifient aux classes moyennes et s’efforcent d’apparaître simples et normaux.
Les sciences sont plurielles, dans leurs objets, dans leurs méthodes. Tendent-elles cependant à produire un même discours sur le monde ? S. Ruphy propose une nouvelle interprétation de cette très ancienne question.
L’œuvre de Madeleine Rebérioux ne souffrira plus de sa dispersion. Une riche anthologie rassemble une quarantaine de ses textes, dont une série de contributions méconnues sur la littérature et les arts, qui donnent à voir comment cette spécialiste du long XIXe siècle a su concilier histoires sociale et culturelle.
Dans un contexte de multiplication des intermédiaires entre intérêts privés et intérêts publics, Antoine Vauchez nous livre quelques clés pour penser le brouillage des frontières entre ces deux sphères. Il défend l’idée que toute tentative de répondre à ces défis nous conduit nécessairement à redéfinir les espaces de la démocratie.
Ce nouveau dossier de La Vie des idées présente un panorama des pratiques d’influence, d’intermédiation et de corruption entre les sphères publiques et privées des démocraties à travers le monde.
Imposante somme sur le genre utopique au XVIIIe siècle, fruit du travail d’une cinquantaine de collaborateurs, ce Dictionnaire restitue de manière exhaustive et détaillée la richesse des thèmes explorés par le genre utopique, et permet de faire l’archéologie d’une notion à laquelle notre siècle revient.
Peut-on comprendre les évolutions et les impasses du capitalisme grâce à un champignon ? À travers l’étude de la collecte et du marché du matsutake, l’anthropologue Anna Tsing décrit un monde qui a renoncé au progrès, où la survie dépend de collaborations précaires entre les hommes et le monde qui les entoure.
Comment la République considère-t-elle ses « autres » ? À partir d’une étude ethnographique des dispositifs de lutte contre les discriminations raciales et de la procédure de naturalisation, Sarah Mazouz s’interroge sur les « politiques françaises de l’altérité ».
La défense de la liberté autorise-t-elle l’ingérence dans les affaires d’un autre État ? Peut-elle aller jusqu’à légitimer l’intervention armée ? Le libéralisme a beaucoup débattu de ces questions, que le livre d’A. Knüfer étudie sous une double perspective, historique et philosophique.
Les logiques managériales dans la fonction publique ne sont pas sans effet sur les carrières. Les modalités d’avancement des cadres du public se transforment et favorisent l’individualisation des carrières et la dualisation des marchés du travail.
En retraçant l’histoire des Algériens de 1516 à 2012, ce livre met au jour des continuités à travers les périodes ottomanes, françaises et indépendantes. Ce choix, qui permet de remettre le colonial à sa place, débouche sur une question : pourquoi n’y a-t-il pas eu de Printemps arabe en Algérie ?
À l’occasion de la sortie de Police. Questions sensibles, dans la collection Puf-Vie des idées, l’avocat Slim Ben Achour revient sur son combat pour faire reconnaître, et condamner, la pratique du contrôle au faciès par la police française.
Les petits États sont-ils plus efficaces ? John Campbell et John Hall mettent en évidence la capacité de résistance de ces États face aux crises économiques, mais leur analyse pèche par excès de culturalisme.
Une enquête ethnographique déconstruit l’image de communauté homogène qu’ont les immigrés chinois en France. En étudiant les souffrances diverses des sans-papiers, intellectuels exilés et jeunes qualifiés, elle parle aussi, en creux, des transformations de la Chine contemporaine.
La philanthropie est-elle un appui ou une menace pour la démocratie et la justice sociale ? Prenant acte de l’importance et de la diffusion du phénomène dans la société étatsunienne, des chercheurs articulent des perspectives empiriques et normatives sur ces questions.
Pierre Bayle est un penseur paradoxal : sceptique prônant la tolérance, il adhère à l’absolutisme royal. Il veut tenir ensemble une pensée de l’ordre politique et de la pluralité. Le geste est fort et susceptible, encore aujourd’hui, de nous inspirer.
Les artistes syriens sont aujourd’hui contraints à l’exil. Ils racontent la guerre, mais à Beyrouth ou à Berlin, aidés par les instituts culturels allemands. Leur production s’en trouve évidemment reconfigurée.
Qu’est-ce que le transhumanisme, et pourquoi l’homme ne serait-il pas un cyborg au naturel ? Loin des réflexes technophobes et des rêveries de l’intelligence artificielle, un nouvel ouvrage livre une analyse philosophique d’une idée à la mode.
Sur la vie de Spinoza, on a beaucoup écrit et spéculé — particulièrement pour expliquer son exclusion de la communauté juive. M. Rovère rouvre le dossier et en propose une version à la fois originale et romancée.
Qui sont ces anonymes que l’on a vu exprimer de manière parfois spectaculaire leur deuil a la mort de Johnny Hallyday ? S’il échappent aux catégorisations faciles, ils sont unis par une même croyance : celle d’appartenir a une grande famille qui réunit tous ceux à qui « Johnny », figure quasi-divine, fait du bien.
Trois sociologues analysent la structure sociale européenne, tirant les conséquences de l’intégration économique et politique en germe sur le continent. Une approche qui ouvre de nouveaux horizons pour l’étude des inégalités.