À la croisée des histoires indienne, impériale et étatsunienne, Pekka Hämäläinen porte un regard nouveau sur les Lakotas, peuple à la fois célèbre et mal connu, et démontre l’existence de leur empire nomade au cœur de l’Amérique, qui a subsisté bien après l’arrivée des premiers Européens.
Tandis qu’une vague de déboulonnage sévit à travers le monde, l’Allemagne se livre à une forme de reconstruction nationale autour de l’héritage prussien, qui fait également polémique.
La prétendue supériorité des écrivains de droite est un lieu commun fabriqué autant par les intéressés que par certains adversaires. L’étude des textes prouve en fait qu’au sein de la droite, la diversité des styles littéraires est au service de postures et de stratégies tributaires du contexte.
L’invasion de l’Ukraine semble réveiller des images du passé : des armées en conquêtes, des villes assiégées, des destructions massives. Les références à la Deuxième Guerre mondiale sont nombreuses, mais elles ne doivent pas dissimuler qu’il s’agit là d’un conflit, complexe et tragique, du temps présent.
Histoire du masculin et histoire des hommes, ce livre collectif montre que, si la masculinité nazie « idéale » s’opposait à celle des Juifs et des homosexuels, elle était elle-même questionnée et morcelée, dans la sphère privée comme à la guerre.
La Première République espagnole a 150 ans. On l’a bien oubliée, sinon occultée. Elle portait pourtant le rêve d’un autre avenir, plus démocratique et plus égalitaire.
Entre histoire des idées et essai politique, Camille Dejardin veut montrer que l’œuvre de John Stuart Mill nous est utile pour penser les enjeux contemporains, à commencer par la crise écologique et les transformations de l’économie qu’elle appelle. Au prix de quelques demi-vérités ?
Colin Jones replace dans sa contingence le récit du 9 thermidor an II (27 juillet 1794), jour du coup de force à la Convention nationale contre Robespierre et ses partisans, en écartant toute idée de conjuration ou de révolte populaire.
Réécrite, instrumentalisée, défigurée jusqu’à l’abject dans les discours, sanctifiée par la religion, les médias et l’école, l’histoire en Russie rend la guerre non seulement légitime, mais aussi moralement pure.
Le Parti républicain a-t-il vendu son âme au diable en choisissant pour la troisième fois Donald Trump comme candidat ? Comment peut-il porter un homme défiant à ce point tous les garde-fous de la démocratie et réinterprétant aussi radicalement la grammaire conservatrice ?
À partir d’une enquête socio-historique sur la construction d’observatoires astronomiques sur l’île d’Hawai‘i, Pascal Marichalar montre que les politiques scientifiques ne peuvent plus être détachées de leurs impacts écologiques et sociaux.
Claude Nicolet a marqué tout autant par ses travaux sur Rome et par ses essais, très connus et très engagés, sur l’idée républicaine. Il a aussi fait école, en systématisant l’usage de la méthode prosopographique.
Le christianisme social n’est pas mort. Une nouvelle génération de croyants puise dans la Bible et ses lectures non occidentales pour agir contre la misère, la colonisation et la destruction des écosystèmes. Ils engagent à retisser le lien entre vie spirituelle et existences concrètes.
En Allemagne, le conflit israélo-palestinien divise notamment les sympathisants et militants de la gauche radicale. Parmi eux, le courant « anti-allemand » se distingue par son soutien inconditionnel à l’État d’Israël et une critique de l’anti-impérialisme majoritaire à gauche.
Le multilatéralisme est devenu la cible de nombreux leaders populistes visant à en saper les fondements. Quelle est la spécificité de ces attaques populistes et les institutions de la gouvernance mondiale sont-elles en mesure d’y résister ?
La plupart des préjugés antisémites existent toujours, sous une forme actualisée, sans que leur histoire soit bien connue : ces obsessions, fantasmes et schémas de pensée restent profondément sédimentés dans nos sociétés.
C’est à la Cour européenne de justice que se construit la « citoyenneté communautaire ». Arrêt après arrêt, décision après décision, la Cour confère des droits aux ressortissants européens, et un peu plus de substance à l’Europe politique.
On évoque souvent, pour s’y référer ou pour le repousser, le modèle fédéral lorsqu’on veut comprendre la construction européenne. Encore faut-il percevoir convenablement ce qu’il signifie. Pour Olivier Beaud, la Fédération est une forme politique singulière dont on ne peut prendre toute la mesure qu’en la détachant de la théorie de l’État.
Au Conseil de l’Union européenne, les décisions se prennent en général par consensus. Est-ce à dire que tous les pays sont à l’unisson ? En fait, les désaccords sont souvent occultés, la plupart des pays n’ayant pas intérêt à rendre publiques leurs mises en minorité. Stéphanie Novak décrit les pratiques effectives que recouvre le consensus et rend compte de l’opacité qui préside à l’exercice commun des souverainetés.
Dans une monumentale étude, trois historiens étudient les échanges politiques, militaires, culturels et économiques qui lient, depuis un millénaire et demi, l’Europe et l’islam. Une des originalités de leur approche tient à ce qu’elle ne se cantonne pas à la question des religions et permet de réfuter les discours sur l’inévitable affrontement entre les mondes européen et arabo-musulman.
Representations of “the people” tend to be highly policed: they smother its inherent diversity and particularity, and typically distort it. Such is the conclusion reached, each in his own way, by Georges Didi-Huberman and Jacques Rancière. This is also the reason why, they argue, one must pay attention to images which demonstrate the people’s singularity and power.
The popular history of France told by Michelle Zancarini-Fournel is the history of often hidden individual figures and political struggles. By filling our “memory gaps,” Zancarini-Fournel also suggests another narrativity.
Under the old regime, abortion did not exist as a distinct legal category. Yet it was practiced and criminalized when associated with sexual transgressions. How does one write the history of an unimagined concept and a hidden practice?
Europe is inventing a new form of citizenship founded not in government participation but in the achievement of specifically European rights and in a political debate increasingly geared to European issues, evidencing, Justine Lacroix asserts, if not the existence of a European people, at any rate that of a political Europe.
Westerners think they own a universal democratic model. However, their confidence vanishes whenever they try to export it. Worse, this claim hampers their examination of both their own eventful history and the questions raised by non-Western democratic experiences.
As a counterbalance to the simplistic temptations of the populism that is currently spreading within European democracies, Pierre Rosanvallon invites us to complicate our notion of democracy and make it polyphonic, because the people do not all speak with one voice.
Claude Lefort, who died in October 2010, was the author of a great number of titles in political philosophy, working both on history of ideas and interpretation of events, unceasingly questioning the political conditions of freedom.
French law is not always very clear when it comes to punishing racist speech. Judges, aware that this prohibition is crucial in a democracy, are forced to interpret the law with the utmost rigour.
How can we think about our responsibility in the face of past crimes whose consequences continue to weigh on the living conditions of their victims or descendants? One first step, for the philosopher Catherine Lu, would be to acknowledge and theorise the colonial roots of our world order.
Reparation, Johann Michel explains, is not just a moral principle dictated by our sense of justice. More fundamentally, it is an anthropological constant, through which we try to mitigate our inherent vulnerability.