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Deux expositions mettent à l’honneur le travail du photographe documentaire Mathieu Pernot. À travers un assemblage de documents divers, il donne à voir des fragments de vies aux marges, des détenus de la prison de la Santé aux migrants arrivés en France.

Comment se fait la recherche, comment se formulent les hypothèses ? Comment s’inventent les théories ? Comment le savoir se conserve ? Comment s’exposent les œuvres ? La Vie des Idées souhaite, sous forme de podcasts, donner la parole aux acteurs de la vie intellectuelle et culturelle. Du laboratoire à l’atelier, de la bibliothèque à la scène, la Vie des Idées se met à l’écoute.

Mathieu Pernot pratique la capture d’images au sens large : la prise de vue s’inscrit chez lui dans une entreprise plus large de prélèvement de traces, d’archives, d’images préexistantes, ou de production collective de documents. Ses deux expositions en cours à Paris se construisent autour d’un ensemble hétérogène de documents, articulés de manière thématique.

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Vue de l’exposition L’Atlas en mouvement, Collège de France. (photographie : Catherine Guesde)

L’Atlas en Mouvement, au Collège de France, montre les migrations à plusieurs échelles : celle, humaine, du récit de réfugiés arrivés en France au terme d’un long parcours ; celle, plus large, de la nature tout entière qui, de la circulation des pollens aux révolutions des astres, est toujours en mouvement. Aux côtés des photographies de Mathieu Pernot se trouvent des témoignages de réfugiés sous la forme de récits, dessins, vues du ciel ou de tracés cartographiques de leur parcours ; autant de « moyens de raconter ce qu’ils sont par l’image », pour reprendre les mots du photographe.

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La jungle, Calais, 2009-2010, photographies de Mathieu Pernot. (Exposition « L’Atlas en mouvement », Collège de France).
Mathieu Pernot est photographe ; son travail s’inscrit dans la tradition d’un art politique, nourri d’histoire et de sociologie. Dans une démarche proche de la photographie documentaire, il a développé plusieurs projets consacrés à l’enfermement – carcéral ou psychiatrique – dans des séries telles que Les Hurleurs ou L’asile des photographies ; plus récemment, il a présenté aux Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, une exposition, Les Gorgan qui retraçait les destins individuels des membres d’une famille rom. Son travail réalisé avec l’historien Philippe Artières sur les archives de l’hôpital psychiatrique du Bon Sauveur a été récompensé par le prix Nadar en 2013. Il a également obtenu le prix Niépce en 2014.

Pour son exposition au 104, le photographe a organisé une « évasion de mots et d’images ». La Santé rend visible ce qui aurait dû disparaître avec la prison parisienne de la Santé au moment de sa destruction : l’intérieur des cellules, et les inscriptions et images retrouvées aux murs, devenus surface d’expression le temps de la détention.

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La Santé, 2015, photographies, Mathieu Pernot.

On y voit des pages de magazines découpées – de la pornographie aux images religieuses en passant par la publicité pour des marques de luxe –, des cartes du monde annotées et des graffitis, dépositaires des imaginaires développés en situation d’enfermement.

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Archives de la Santé, installation, Mathieu Pernot (Exposition « La Santé », le 104).
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Archives de la Santé, installation, Mathieu Pernot. (Exposition « La Santé », le 104)
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Au revoir la santé, les fous s’en vont d’ici, Recueil de textes prélevés sur les murs de la Santé. (« La Santé », le 104)

À partir de ces documents épars, ces deux expositions construisent des récits à plusieurs voix, des portraits en creux d’acteurs que Mathieu Pernot se refuse à constituer en sujets photographiques, préférant leur donner la parole de manière détournée.

Prise de son & entretien : Catherine Guesde ; Montage : Catherine Guesde & Louis-Jean Teitelbaum

Au cours de cet entretien, le photographe retrace la genèse des deux expositions en cours, et propose une visite guidée de l’Atlas en mouvement.

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Dessins stylo bille, encre de chine et brou de noix sur papier, Najah Albukai. (Exposition « L’Atlas en mouvement », Collège de France).
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Planche d’astronomie légendée et traduite en arabe, Muhammad Ali Sammuneh (Exposition "L’Atlas en mouvement, Collège de France).
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Carte du voyage de Jeje Amadou, retraçant son itinéraire de Centrafrique jusqu’en France. (Exposition « L’Atlas en mouvement », Collège de France).
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Planches de botanique (végétaux du bassin méditerranéen) légendées en arabe, Marwan Cheikh Albassatneh.
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Arbre phylogénétique des ligneux forestiers méditerranéens, Marwan Cheikh Albassatneh. (Exposition « L’Atlas en mouvement », Collège de France).

Aller plus loin

Exposition La Santé au 104, Paris, jusqu’au 6 janvier 2019.

Exposition L’Atlas en mouvement, Collège de France, prolongée jusqu’au 31 janvier 2019.

Le site de Mathieu Pernot.

Pour citer cet article :

Catherine Guesde, « Portraits en creux. Entretien avec Mathieu Pernot », La Vie des idées , 21 décembre 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Portraits-en-creux.html

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par Catherine Guesde , le 21 décembre 2018