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Recension Histoire

Les baleines dans la guerre froide

À propos de : Bathsheba Demuth, Floating Coast. An Environmental History of the Bering Strait, New-York, Norton


Le détroit de Béring a été une aire d’interactions et de confrontations entre les deux grandes puissances du XXe siècle. En reconstituant son destin environnemental, du milieu du XIXe siècle jusqu’aux années 1990, B. Demuth étudie les chaînes de conversion des ressources énergétiques.

« Aucune histoire n’a encore été écrite pour mettre des expressions humaines sur l’expérience des cétacés au cours des XIXe et XXe siècles, ce grand anéantissement de générations entières de baleines (…). Il est possible que les baleines, dans leurs chants et leurs infrasons, apprennent leur passé ; peut-être qu’elles se racontent que le travail si particulier et terrifiant des humains consiste à composer un monde sans baleines. Et peut-être n’ont-elles pas à porter un tel fardeau » [“There is not a history yet that puts in human terms the cetacean experience of the 19th and 20th centuries, this great annihilation of generation of whale minds (…). Perhaps the whales, in their songs and clicks, teach this past ; perhaps they teach each other that the peculiar and terrifying work of humans is to compose a world without whales. And perhaps they carry no such burdens”] (p. 295). Si l’œuvre de Bathsheba Demuth ne retrace pas l’expérience des baleines, elle livre une magistrale histoire environnementale du détroit de Béring du milieu du XIXe siècle jusqu’aux années 1990, en reconstituant cette histoire par l’étude des chaînes de conversion des ressources énergétiques.

L’historienne états-unienne, spécialiste des régions arctiques russes et américaines dans la période contemporaine, éclaire ainsi les formes de gouvernement des ressources naturelles promues par les administrations de chaque régime (l’Empire tsariste, les États-Unis et le régime soviétique), en soulignant que la volonté de contrôle des écosystèmes visait aussi à diriger les conduites des populations autochtones et à renforcer ainsi l’intégration nationale de ces régions périphériques.

L’ouvrage s’organise en cinq parties dont les chronologies s’enchevêtrent : la mer (1848-1900) ; les littoraux (1870-1960) ; la terre (1880-1970) ; le sous-sol (1900-1980) et l’océan (1920-1990). Cette structure permet à l’auteure d’étudier les sociétés humaines comme une composante d’une histoire plus vaste, rappelant « qu’être vivant signifie prendre part à une chaîne de conversions » [« to be alive is to take a place in a chain of conversions  »] (p. 4). En suivant les transformations de l’énergie depuis le soleil vers les algues, des mammifères marins vers les humains, le récit éclaire l’imbrication étroite des humains et non-humains. La variété des sources mobilisées est considérable, depuis les archives d’enquêtes orales auprès des populations autochtones jusqu’aux sources des conventions internationales relatives aux aires marines, en passant par les administrations publiques et les productions des institutions scientifiques dans les deux pays. En adoptant une approche qui n’est pas sans rappeler celle d’autres historiennes des aires post-soviétiques [1], le récit s’enrichit d’une dimension ethnographique puisque l’auteure profite d’une immersion prolongée dans les sociétés étudiées sur les deux rives du détroit. L’observation des traces de l’histoire sur ces territoires, et l’examen des récits mémoriels qui leur donnent sens, permettent de projeter une lumière particulière sur les archives écrites. Cette perspective conduit l’historienne à insister sur la rémanence de pratiques propres à ces sociétés (dans l’organisation de certaines chasses par exemple), qui échappent – en partie – aux forces politiques et économiques qui prétendirent remodeler les usages de la nature au cours de la période contemporaine.

La démarche relève d’une histoire environnementale « totale », en ce sens qu’elle revisite des enjeux propres à plusieurs champs historiographiques. L’ouvrage s’intéresse ainsi à la construction des économies, définies comme « un ensemble de relations matérielles, ainsi que des imaginaires concernant ce qui est possible, désirable et sur ce qui a de la valeur. Ce sont des visions de la manière dont le temps s’organise, et des forces qui conduisent au changement » [« a set of material relations, and also imaginaries of what is possible, desirable and valuable. They are visions of how times operates ; and what drives change  »] (p. 8). Cette définition prend valeur de programme historiographique car l’histoire de l’énergie proposée ici s’affranchit des enquêtes centrées sur une les entreprises ou les marchés, en s’intéressant d’abord aux soubassements écologiques de ces phénomènes [2]. De fait, les ressources énergétiques du détroit de Béring se trouvent dans les corps des renards, des rennes, des baleines ou des morses. À ce titre, l’ouvrage prolonge le renouveau d’une histoire environnementale des aires marines et des pêches [3]. Ces différents apports convergent pour éclairer le rôle des systèmes de valeurs dans la transformation de la nature [4], tout en soulignant que ni les solutions de marché, ni la planification soviétique, ne furent soutenables sur le plan écologique.

De l’insoutenabilité du « progrès »

Si les années 1850 furent les « années inaugurales de la conflictualité quant aux valeurs qui orientent la vie » [« inaugural years of contesting which values guided life »] (p.19), l’auteure retrace d’abord les pratiques de chasse des populations Inupiats, Chuckchis et Yupiks à la veille de l’expansion commerciale. Alors que le nombre de prises restait modeste (entre 10 et 15 baleines était tuées chaque année au début du siècle dans le district de Tchoukotka, Russie, et 40 à 60 dans le Nord-Ouest de l’Alaska), la chasse était fortement ritualisée. Pour les autochtones, les baleines n’étaient pas des proies inertes : elles devaient être « convaincues » d’être capturées, et lorsqu’elles « acceptaient » cette capture, elles le faisaient pour assurer la subsistance de la communauté et nourrir les plus démunis (p. 20-21). Le nombre de prises restait ainsi limité, et la ritualisation de cette frugalité structurait l’ordre social au sein des communautés : la découpe et la distribution des cétacés s’organisait ainsi pour répondre aux besoins vitaux des membres de la communauté (p. 23).

La prédation des mammifères marins prend de l’ampleur sous l’influence des marchés nord-américain et européen. Les pêches s’intensifient pour prélever la graisse des baleines, utilisées pour le graissage des machines industrielles, par exemple dans les machines à tisser. La demande s’intensifie : alors que l’on comptait une cinquantaine de bateaux pour 500 baleines tuées dans le détroit en 1849, ces chiffres triplent en deux ans (p. 40). Les équipages de New Bedford font du traitement des graisses la troisième industrie du Massachusetts dans les années 1860. Côté russe, le Tsar accorde des concessions de pêches à des compagnies finlandaises. Des deux côtés du détroit, les équipages sont recrutés parmi des marins de différentes nationalités, composant « une Babel des langages et des couleurs [« a Babel of languages and colors »] (p. 65). Ces travailleurs sont payés selon le nombre de prises réalisées : leur pratique rompt radicalement avec les pêches ritualisées des autochtones.

Dès les années 1880, des zoologistes russes et américains alertent ainsi sur la raréfaction des baleines (p. 59). La logique de prédation se déplace alors vers d’autres espèces. En 1886, on estime que 140.000 morses furent abattus sur une population de 200.000 (p. 79). Ce furent ensuite les corps des renards, puis des rênes, qui furent commercialisés : la carence d’une espèce constituait une opportunité pour ouvrir un nouveau front de prédation et « trouver les nouvelles frontières de la croissance » [« to find a new frontier of growth »] (p. 93).

La seconde moitié du XIXe siècle conduit les communautés autochtones à se voir déposséder non seulement de leurs territoires, mais surtout de leurs principales sources de subsistance. Le « progrès » désigne alors l’augmentation constante de la comptabilité des chasses. Pour les populations du détroit, le second XIXe siècle est bien celui d’une transition d’un usage ritualisé des ressources répondant à des besoins vitaux vers une utilisation débridée et orientée par la pression de marchés géographiquement éloignés.

De la construction énergétique des États-nations

À la fin du XIXe siècle, la volonté d’intégrer ces territoires périphériques aux nations russe et états-unienne se traduit par le déploiement d’organisations bureaucratiques. Pour asseoir leur autorité, celles-ci entendent sédentariser les populations autochtones, en agissant pour codifier et orienter leurs relations avec les éléments naturels. B. Demuth souligne « l’organisation des usages de l’énergie et la clôture des propriétés est le cœur de la politique ; cela requiert une prise de décision sur ce qui change, sur ce qui présente de la valeur, et sur la distribution des utilités du monde » [« organizing energy and enclosure is at the core of politics ; it requires decision about change, value, and the allocation of the useful world »] (p. 101).

Ce sont d’abord des missions religieuses, soutenues financièrement par le Congrès américain, qui entendent « éduquer » les Premières nations en les accueillant dans des écoles confessionnelles. L’effort se systématise après l’adoption de l’Organic Act, en 1884, structurant les administrations en Alaska (p. 147). Dès lors, le responsable aux affaires éducatives, Sheldon Jackson, articule la scolarisation à l’apprentissage d’un usage extensif des éléments naturels. La volonté de diriger les conduites des populations Amérindiennes vis-à-vis des écosystèmes se prolonge avec la fondation du Reindeer Service en 1908, puis l’adoption du Reindeer Act en 1937 (p. 165), visant à renforcer l’exploitation des rennes par les Amérindiens. Dans cette logique, les rennes deviennent « un moyen de façonner d’utiles citoyens à partir de ces peuples non-civilisés » [« a way to make useful citizens from uncivilized people  »] (p. 166).

Cette préoccupation est partagée par l’Empire tsariste, où les expéditions de vétérinaires cherchent à stabiliser les troupeaux – et, par extension, les populations qui en tirent leur subsistance. L’État soviétique s’inscrira dans la continuité de son prédécesseur. Dès 1917, des missions ethnographiques soulignent l’importance d’engager la mutation des formes de propriété des troupeaux. La collectivisation de leur gestion est présentée comme le premier moyen pour susciter l’adhésion de ces territoires périphériques au projet bolchévique (p.152). Par la suite, chaque plan quinquennal accentuera la pression sur la faune : « aucun type de territoire ni aucun animal ne devait échapper à la planification de la croissance » [« no kind of place or animal was exempt from planned increase »] (p. 167).

Pour les dirigeants des deux États, les populations de ces territoires – dont l’éloignement est géographique et culturel – ne sont jamais suffisamment « nationales ». Au début de la Guerre froide, alors que les soviétiques déplacent la population de l’île de Grande Diomède, Edgar Hoover s’inquiète de la loyauté de ceux qu’il désigne comme « les Eskimos » (p. 123). Dans le cas soviétique, la volonté de contrôler les populations trouva son expression la plus brutale dans les goulags – qui fournirent une main d’œuvre forcée pour l’extraction minière (p. 241).

La modernité flamboyante qu’entendent incarner ces appareils bureaucratiques repose sur l’intensification de l’usage des écosystèmes. Leur exploitation devient un levier pour enrôler les populations dans la construction des États-nations. L’injonction à participer à la croissance économique se présentait peu à peu comme un « rite incantatoire contre la mort. Être Américain pendant la Guerre froide signifiait chercher cet idéal. Être habitant du détroit de Béring, c’était aussi se confronter à son impossibilité, au fait qu’une telle croissance se fonde sur une entropie accélérée » [« incantation against mortality. To be American in the Cold war was to seek this ideal. To be Beringian was also to face its impossibility, the fact that so much of growth is built on accelerated entropy »] (p. 126).

Les temporalités mortifères de la croissance

L’ouvrage raconte finalement l’impossible subordination des rythmes des écosystèmes à des temporalités façonnées par d’infimes fractions de l’humanité, convaincues de la supériorité d’un système de valeurs reposant sur la maximisation constante de la production et de l’extraction. Le détroit de Béring apparaît ainsi comme un révélateur du dilemme de notre condition contemporaine, tiraillée entre l’injonction à l’accélération productive et son incompatibilité avec les cycles de reproduction écologique. Béring devient l’observatoire de la sophistication de dispositifs façonnant l’illusion d’une synchronisation des écosystèmes sur la cadence d’un ordre politico-économique.

Le constat d’un épuisement croissant des ressources est régulièrement répété par les administrations dès la fin du XIXe siècle. La notion de « capacité de charge », c’est-à-dire la population animale que peut accueillir un territoire sans que les ressources n’en soient inéluctablement dégradées, est mobilisée dès 1929 par certains agents du Bureau of Biological Survey (p. 164). La notion est reprise par l’administration soviétique au cours des années 1950 (p. 188). Toutefois, l’objectif consiste bien optimiser l’usage des terres plutôt qu’à le limiter

En matière de faune marine, l’entre-deux-guerres est une période de mise à l’agenda de ces enjeux dans les arènes internationales : en 1931, la Société des Nations adopte ainsi une première convention visant à réglementer la pêche des baleines. En 1946, la convention de Washington sur la chasse à la baleine poursuit cet effort, en prévoyant des quotas et installant une Commission chargée d’assurer le suivi de la faune (p. 246). La réglementation repose sur le principe selon lequel les baleines sont des biens monétisables, elles sont des marchandises commercialisées en se fondant sur une « interprétation calorique de leur valeur » [« caloric interpretation of their value  »] (p. 278).
Malgré les alertes répétées, la population de baleines estimée en 1970 ne représente plus que 20 % de celle de 1800. Les mesures internationales de protection sont alors une manière de « rendre du temps » [« give back time  »] (p. 132) aux animaux, par des périodes de régénération. L’auteure ne laisse aucune équivoque sur le fait que les mesures relevant du droit international restent des entailles extraordinaires dans l’ordinaire du règne du marché ou du plan, tous deux fondés sur l’abstraction d’une quantification aveugle aux rythmes et aux singularités des écosystèmes. À ce titre, l’ouvrage se garde bien de faire de l’issue de la guerre froide la fin de l’histoire :

le communisme s’effondra soudainement parce que sa logique de production et de salut a cessé de faire sens. Mais le capitalisme n’a pas encore commencé à faire sens ici. L’histoire de Béring suggère qu’il n’a jamais fait sens. Imaginer une croissance infinie and la liberté de s’affranchir de toutes les limites (…) est une erreur dans la pratique. La vie ici est si nettement façonnée par la composition de l’eau, la stabilisation de la glace sur la mer, et la présence d’une baleine grise. Elle est façonnée par le choix d’une baleine de choisir le moment de sa mort » [communism ended suddenly because its logic of production and salvation ceased making sense. But capitalism has not started making sense here. Beringia’s history suggests that it never has. Imagining endless growth and freedom from all limitation (…) is wrong in a practical sense. Life is so clearly made from the condition of the water, the stability of the sea ice, the presence of a gray barnacled head. It is made from a whale choosing her time to die] (p. 306).

L’écologie du détroit, ou la spirale des temps de la nature et du capitalisme

Le lecteur sera peut-être désorienté par le choix de l’auteure de livrer un récit en cinq parties, aux chronologies enchevêtrées, comme autant de cercles concentriques. Or, ce choix répond précisément à l’ambition de l’ouvrage, visant à ne faire des chronologies humaines qu’une partie de l’histoire : « la nature de l’histoire, lorsque la nature en devient la matière, en fait une cacophonie : loin d’être harmonieuse, elle révèle à la fois un récit linéaire et de nombreuses histoires cycliques, qui convergent les unes avec les autres. Nous vivons tous dans plus d’un temps à la fois, bien que l’on nous éduque dans le refus de cette idée » [« the nature of history when nature is part of what makes it is cacophony : not harmonious but revealing both a linear story and many cyclical, converging. We all live in more than one time, even if we are taught to refuse this idea »] (p. 314).

Bathsheba Demuth souligne ainsi combien la conviction de pouvoir forger un temps linéaire, celui d’une production qui suivrait la demande croissante des marchés américains ou les objectifs chiffrés de la planification soviétique, se révèlent illusoire face aux rythmes spécifiques de la reproduction des écosystèmes. Le choix de suivre les flux d’énergie renouvelle ainsi une réflexion sur la manière de penser les temporalités en histoire.

Le choix de recomposer les chaînes de conversion de l’énergie permet de proposer au lecteur un récit historique inédit, où les temporalités humaines et non-humaines sont inextricablement mêlées. Toutefois, jusque dans sa conclusion, l’historienne demeure attentive aux rapports de pouvoir qui se construisent dans les formes de mobilisation et de captation de l’énergie : « le capitalisme construit la liberté d’entreprendre pour certains par l’intermédiaire du vol des autres. Il vole de l’énergie – dans le travail humain, dans les corps des baleines, dans les forages de pétrole – et du temps de vie. Tout le monde ne peut pas être un voleur, même en attendant que son jour vienne » [« capitalism makes the freedom of profit for some through theft from others. It steals energy – in human labor, in whale bodies, in oil deposits – and lifetimes. Not everyone can be a thief, even in due time »] (p. 313).

Bathsheba Demuth, Floating Coast. An Environmental History of the Bering Strait, New-York, Norton, 2019.

par Renaud Bécot, le 26 juin

Pour citer cet article :

Renaud Bécot, « Les baleines dans la guerre froide », La Vie des idées , 26 juin 2020. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Les-baleines-dans-la-guerre-froide.html

Nota bene :

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Notes

[1Voir notamment Kate Brown, Manual for Survival. A Chernobyl Guide to the Future, New-York, Norton, 2019.

[2La démarche présente un intérêt pour une histoire environnementale de l’énergie en renouvellement, voir Charles-François Mathis, Geneviève Massard-Guilbaud (dir.), Sous le soleil. Systèmes et transitions énergétiques du Moyen Âge à nos jours, Paris, éditions de la Sorbonne, 2019 ; François Jarrige, Alexis Vrignon (dir.), Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives à l’âge industriel, Paris, La Découverte, 2020.

[3Pour deux panoramas, anglophone et francophone, voir : Kathleen Schwerdtner Máñez, Bo Poulsen (dir.), Perspectives on Oceans Past, Dordrecht, Springer, 2016 ; Gilbert Buti, Daniel Faget, Olivier Raveux, Solène Rivoal (dir.), Moissonner la mer. Économies, sociétés et pratiques halieutiques méditerranéennes (XVe-XXIe s.), Paris – Aix, Karthala – MMSH, 2018.

[4Sur ce point, l’ouvrage peut rencontrer l’ambition d’un livre tel que celui de Andy Bruno, The Nature of Soviet Power. An Arctic Environmental History, New-York, Cambridge University Press, 2016.

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