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Sans chercher à convertir une subculture subversive en système philosophique, ce nouveau livre de la collection Puf/Vie des idées propose d’étendre le champ d’action du punk au domaine de la pensée en étudiant ses liens avec l’éthique animale, l’écologie profonde, le féminisme ou la spiritualité.

Catherine Guesde, Penser avec le Punk, Puf/ Vie des idées, 2022, 112 p.

Ce volume est coordonné par Catherine Guesde, docteure en philosophie, musicienne et critique musicale. Ses recherches portent sur des formes marginales de musiques populaires, notamment le metal extrême et la noise. Elle a notamment coécrit, avec Pauline Nadrigy, À l’écoute de la noise (Musica Falsa, 2018).

Ont contribué à cet ouvrage Louise Barrière, Nicolas Delon, Catherine Guesde, Jeanne Guien et Fabien Hein.

Dès ses débuts, le punk feint la bêtise et revendique un certain « analphabétisme culturel », à l’opposé de la puissance d’agir qu’il recèle. Identifié dans l’imaginaire collectif à une esthétique et à un genre musical, le punk est aussi un mouvement contestataire, porteur de valeurs politiques et sociales, allant de l’anti-autoritarisme au Do-It-Yourself – une manière d’être au monde. S’appuyant autant sur l’esthétique punk que sur les pratiques nées de ce mouvement, cet ouvrage cherche à penser par et avec le punk. Il ne s’agit pas de constituer en système philosophique ce qui s’est présenté comme une multiplicité de gestes, œuvres, discours, scènes, ni de partir en quête des différents courants de pensée qui ont pu influencer, de manière plus ou moins souterraine, le punk – du transcendantalisme américain à l’existentialisme [1] –, mais de continuer à recueillir et à déployer les potentialités ouvertes par les formes sensibles et manières de faire du punk ; de continuer à en étendre le champ d’action dans le domaine de la théorie.

Partant du constat que, [tout en étant souvent qualifié de philosophie [2], le punk a en réalité encore peu attiré l’attention des philosophes – du moins en France –, cet ouvrage engage le dialogue entre le punk et différents domaines philosophiques, de l’éthique animale à l’esthétique, tout en laissant la place aux approches sociologiques.

Afin d’éviter l’écueil qui consisterait à essentialiser un punk unique, l’ouvrage procède par coupes successives dans différents lieux et moments du punk – de la scène punk hardcore de Washington DC dans les années 1980 aux Ladyfest allemandes contemporaines. Une telle approche ne permet bien sûr pas d’intégrer toutes les dimensions historiques et géographiques du punk. Aussi, la scène française [3] n’y est que peu abordée, de même que la scène anglaise, qui a fait l’objet de longues études. Elle permet en revanche de développer de manière thématique différentes pensées à l’œuvre dans certaines scènes punk.

La saleté, qui caractérise à la fois les sonorités, les textes, les noms de groupes et les styles vestimentaires des punks, est prise comme point de départ par Jeanne Guien dans son texte « Sales punks ». Refusant une approche sémiotique qui renverrait cette saleté à une signification extérieure, le chapitre montre les enjeux politiques et éthiques qui se lisent à même la crasse du punk. Nicolas Delon met en évidence les formes de savoirs relatifs à l’éthique animale présents de manière implicite dans certains morceaux de punk, et l’éducation éthique qui peut en résulter. Cette éducation peut également prendre la forme de cercles de discussion en contexte féministe, comme le montre le chapitre de Louise Barrière sur les Ladyfest allemandes. À partir du cas du groupe de méditation en pleine conscience Dharma Punx, le chapitre « Destroy All Suffering » cherche dans l’expérience esthétique du punk des éléments permettant d’éclairer un devenir spirituel du punk. Enfin, les modes d’organisation à l’œuvre dans la production de la culture punk, qui reposent à la fois sur l’autodétermination et la coopération, sont analysés par Fabien Hein sous l’angle de l’écologie profonde d’Arne Næss.

Sur un mode choral – sans doute moins saturé que le cri du punk –, ces contributions mettent en lumière la pensée à l’œuvre dans quelques versions du punk pour mieux la prolonger et en faire entendre les échos dans le champ théorique.

Pour citer cet article :

Catherine Guesde, « Penser avec le punk », La Vie des idées , 31 août 2022. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Penser-avec-le-punk.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction (redaction chez laviedesidees.fr). Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

par Catherine Guesde , le 31 août

Notes

[1Voir Fabien Hein, Do It Yourself ! Autodétermination et culture punk.

[2Voir Craig O’Hara, The Philosophy of Punk. More than Noise !, Édimbourg/San Francisco, AK Press, 1999.

[3Voir l’important travail d’archives mené par l’ANR « Punk Is Not Dead. Pour une histoire de la scène punk en France (1976-2016) », dirigée par Luc Robène et Solveig Serre.


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