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Dossier Politique

La Démocratie dévoyée
Argent et politique


À l’approche de l’élection présidentielle aux États-Unis, La Vie des idées/Books & Ideas et Public Books proposent un dossier commun examinant la façon dont l’argent influence le cours des démocraties électorales.

Si personne n’avait pu prévoir que 2020 serait l’année de l’épidémie de Covid-19, nous savions en revanche que cette année serait particulièrement politique : poursuite d’âpres négociations sur le Brexit, tenue des élections municipales françaises et, pour couronner le tout, une élection présidentielle aux États-Unis.

Dans le cadre de leur partenariat éditorial, les revues La Vie des Idées/Books&Ideas et Public Books ont donc tenu à aborder cette séquence en proposant un dossier sur « la démocratie dévoyée par l’argent ». Dans un contexte de défiance croissante à l’égard du politique et, tout particulièrement, des partis politiques, notre ambition consistait à examiner à nouveaux frais, la manière dont l’argent continue d’influencer le cours de nos démocraties électorales, en nous intéressant plus précisément aux démocraties en Europe et aux États-Unis. Notre point de départ était le suivant : peut-on toujours se raccrocher au postulat tenace selon lequel « l’argent fait l’élection » ? Si oui, de quelle(s) manière(s) ? Et si vraiment nous décidions de suivre à la lettre le conseil donné par Gorge Profonde (Deep Throat) à Bob Woodward : « Suivez l’argent » (« Follow the money »), où cela nous mènerait-il ?

À 15 jours d’un rendez-vous électoral important, pour les citoyen.ne.s des États-Unis mais aussi bien au-delà, nous proposons à nos lectrices et lecteurs quatre contributions originales – chacune des revues en ayant commandé 2 – abordant la question du financement des campagnes électorales dans des contextes voisins mais sous des angles assez différents.

Les auteurs approchés par La Vie des Idées/Books and Ideas se sont livrés à une fine analyse sociologique des règles encadrant le financement (public et privé) des partis politiques au Royaume-Uni (Emmanuelle Avril), en France et aux États-Unis (Éric Phélippeau), eu égard notamment au renforcement de l’exigence de transparence et de publicité dans ces pays. Tous deux concluent sur leurs effets mitigés, non seulement en termes de régulation des disparités de financement mais aussi en termes de réduction de la défiance des citoyen.ne.s à l’égard de leurs institutions politiques.

Les essais commandés par Public Books ont adopté un angle assez différent dans la portée et le style. Se concentrant sur les États-Unis, Ray LaRaja repart d’un jugement controversé de la Cour Suprême en 2010, critiqué notamment par les progressistes comme ayant ouvert la porte à l’argent des firmes dans les campagnes électorales, permettant de favoriser certaines candidatures individuelles. LaRaja opère cependant un changement de focale : le problème ne serait pas tant que les entreprises influencent l’élection des candidats – tant les objectifs poursuivis par ces derniers sont d’ailleurs variés – mais leur rôle disproportionné dans le façonnement des options politiques, notamment en matière économique.

Tim Kuhner quant à lui remonte au mouvement chartiste dans l’Angleterre du XVIIIe siècle et des revendications en faveur d’un suffrage universel et de l’abolition du cens d’éligibilité, avec l’espoir d’endiguer l’influence des grands propriétaires sur la vie politique. D’où la question : qu’auraient fait les Chartistes dans la période actuelle ? On pourrait penser que leurs revendications ont été largement satisfaites. Pourtant, l’avancée des droits formels semble avoir eu peu d’effets dans la réduction des inégalités.

Ces essais, s’ils divergent en matière de posture normative, s’accordent sur un point capital : la question du financement est centrale pour comprendre la vie politique et les enjeux des campagnes électorales. Il est donc plus que jamais nécessaire de « suivre l’argent partout où il va », et ce d’autant plus qu’il est massivement investi dans et par le champ politique. Les contributions se retrouvent également dans le constat d’une très grande diversité des modalités mais aussi des finalités du financement allant au-delà du seul fait de remporter une élection. Enfin, tous les articles s’interrogent sur des pistes visant à améliorer l’accès, dans le jeu politique, des groupes les moins dotés. En effet, le constat d’inégalités économiques et sociales persistantes dans le financement de la vie politique ressort comme la variable la plus problématique sur le plan démocratique minant la confiance dans les institutions.

Dès lors, il ne s’agirait pas tant de sortir l’argent du jeu au nom d’une « moralisation » de la vie politique, que de mettre davantage de joueurs autour de la table…

Les articles du dossier

par Ivan Ascher & Marieke Louis, le 13 octobre

Pour citer cet article :

Ivan Ascher & Marieke Louis, « La Démocratie dévoyée . Argent et politique », La Vie des idées , 13 octobre 2020. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/La-Democratie-devoyee.html

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