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Essai Histoire

Hypatie d’Alexandrie : femme antique, figures contemporaines


par Anne-Françoise Jaccottet , le 27 décembre 2021


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Hypatie d’Alexandrie est aujourd’hui une des femmes les plus célèbres de l’Antiquité. Mais cette célébrité, écho démultiplié de la renommée antique, repose probablement moins sur sa vie réelle – finalement peu connue – que sur sur sa mort tragique, et sur le besoin contemporain de figures héroïques.

Hypatie est à la mode. Cette femme, mathématicienne, philosophe, astronome, pédagogue réputée de l’Alexandrie des années 400 de notre ère connaît depuis la Renaissance une seconde vie. Devenue figure emblématique, elle a été utilisée pour servir des causes aussi diverses que la tolérance religieuse, l’anticléricalisme, l’hellénisme romantique, le positivisme, le féminisme, et jusqu’à la prostitution.

Si nous savons quelque chose de l’Hypatie antique, et si cette figure a pu être si bien récupérée, c’est à sa mort qu’elle le doit. Au printemps 415 de notre ère, Hypatie est enlevée en pleine rue par des moines fanatisés, et écorchée vive dans une église ; son corps est découpé en morceaux, qui sont finalement brûlés. C’est à cette fin sordide plus encore qu’à sa personnalité brillante et à son aura incontestable qu’elle doit d’avoir traversé les siècles. Car des femmes philosophes voire mathématiciennes, l’Antiquité en a connu plus d’une, dont les noms seuls nous sont au mieux parvenus. La mort violente d’Hypatie, les acteurs de cet assassinat et le contexte religieux et politique explosif de l’Alexandrie des années 412-415 ont permis de jeter suffisamment de lumière, mais aussi suffisamment de mystère sur cette figure pour qu’elle soit réinterprétée, au fil des siècles, selon les besoins des uns et des autres.

Cette personnalité aux multiples facettes nous interpelle ainsi à double titre. Déjà par son existence historique, par les contours de sa vie et par ses activités scientifiques et philosophiques de femme de son temps et de son milieu culturel. Ensuite par les raisons et les mécanismes de sa récupération tous azimuts qui se poursuit allègrement aujourd’hui. On la trouve actuellement au premier rang des femmes effacées de l’histoire que notre société réhabilite, et ce même dans la littérature pour enfants [1], et dans les programmes scolaires [2]. Bien présente dans les discours féministes des XXe et XXIe siècles, conviée au Dinner-Party, installation engagée de l’artiste étasunienne Judy Chicago (1979), ou encore héroïne du film historico-philosophique Agora d’Alejandro Amenábar (2009), Hypatie est bien une figure clé de notre quotidien et de nos discours. Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi Hypatie se prête-t-elle si bien à l’expression de nos revendications actuelles ? Quelles étapes ont marqué son appropriation par les époques et les causes successives, depuis l’Antiquité ? À quoi renvoie ce recours à une figure antique comme ancrage légitimant d’un discours polémique, à la Renaissance comme aujourd’hui ? Mais avant d’aborder ces questions, il faut s’interroger sur la figure historique d’Hypatie, sur le contexte de sa vie, et de sa mort, particulièrement brutale et polémique.

La figure historique

La date de sa naissance n’est pas connue avec certitude. Il est admis actuellement qu’elle a vu le jour entre 350 et 365 de notre ère. On connaît son père, Théon d’Alexandrie, mathématicien, philosophe et astronome, qui dirige une école réputée appelée Mouseion en référence à l’institution qui avait été le "phare" scientifique et culturel du monde antique dans cette même ville ; de sa mère en revanche, nulle mention. On n’est pas célèbre de mère en fille dans l’Antiquité ! L’éducation de la jeune fille a dû être soignée ; cela n’était pas complètement exceptionnel pour des filles de l’élite sociale, notamment à Alexandrie, grand centre culturel et multiethnique. Ce qui est plus exceptionnel, c’est qu’Hypatie ait développé cette formation jusqu’à en faire son métier et une activité publique.

L’activité d’Hypatie se décline en plusieurs volets. Côté recherche, comme on dirait aujourd’hui, elle a rédigé des commentaires sur des œuvres mathématiques comme les Sections coniques d’Apollonios de Pergè, géomètre du IIe siècle avant notre ère, ou les Arithmétiques de Diophante, mathématicien alexandrin du IIIe siècle de notre ère. Son père Théon l’associe nommément à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée [3] en donnant comme titre au livre III de son édition commentée : « Commentaire de Théon d’Alexandrie sur le 3e Livre de l’Almageste de Ptolémée, recension de la philosophe Hypatie, ma fille ». Il est possible que cette formule énigmatique renvoie non pas à une reprise du commentaire de son père, mais à des corrections apportées par Hypatie au texte même de Ptolémée, concernant des algorithmes de division posée, bases des calculs astronomiques de l’époque.

Hypatie était à n’en pas douter une excellente mathématicienne, capable de maîtriser et expliquer des sujets particulièrement ardus. On ne lui accorde pourtant pas de réelles innovations scientifiques. Elle serait plutôt un génie de l’analyse, et de la transmission pédagogique. C’est ainsi dans son enseignement, à la tête de la fameuse école que son père va lui confier, qu’Hypatie va développer tout son art et acquérir une grande renommée.

Nous avons conservé des traces directes de son aura pédagogique et de la polyvalence de son enseignement dans la correspondance que Synésios de Cyrène, ancien élève d’Hypatie à Alexandrie, devenu évêque de Ptolémaïs, a entretenue avec sa vénérée professeure. On découvre dans ses missives les relations de profond respect, d’admiration sans bornes et d’affection qu’entretenait avec elle Synésios, tout comme les autres jeunes gens de l’élite dorée d’Alexandrie et d’horizons plus lointains qui venaient suivre son enseignement privé. Aucune jeune femme pourtant dans son école ; preuve s’il en est que les hautes sphères de la formation ne concernaient que très exceptionnellement les jeunes filles ; Hypatie, en tant qu’ « enfant de la balle » si l’on ose dire, avait sur ce plan une situation tout à fait privilégiée et exceptionnelle. On découvre également, au travers de la correspondance de Synésios, la diversité et la complémentarité de son enseignement qui touchait autant la philosophie néoplatonicienne d’obédience plotinienne que les mathématiques et l’astronomie. Les trois domaines étaient d’ailleurs de longue date liés entre eux, notamment dans une tradition platonicienne. C’est ainsi en figure féminine de l’autorité philosophique et scientifique, tout autant que comme objet d’admiration affective voire amoureuse, comme le laissent entendre certaines anecdotes, que régnait Hypatie sur les jeunes gens destinés à endosser les plus hautes charges de l’Empire.

Cette aura particulière lui permettait également de prendre une place importante dans la vie publique d’Alexandrie. Elle donnait des conférences publiques, comme le ferait un actuel professeur d’Université et répondait aux sollicitations des quidams dans l’espace public. Elle n’a certes jamais endossé de charge officielle, ce qui aurait été une incongruité dans la société de l’époque, mais elle était une figure publique connue et reconnue. On dit que sa beauté n’avait d’égal que sa vertu, deux qualités qui faisaient d’elle un modèle au féminin du philosophe ou du sage comme référence et guide d’une société. Il fallait bien cela pour dissiper les soupçons que ne manquait pas de susciter sa position de femme, non mariée, entourée de jeunes gens qui l’adulent. Les auteurs antiques qui parleront ensuite d’Hypatie insisteront beaucoup sur sa virginité et sa résistance absolue et ferme aux avances de ses fervents disciples, prônant un amour platonique, seule véritable forme d’amour qui ne soit pas lié à la vanité et à l’évanescence de l’apparence et de la matérialité corporelle.

L’influence politique d’Hypatie

C’est ainsi assez naturellement qu’Hypatie entra en contact étroit avec Oreste, préfet et représentant de l’empereur à Alexandrie, et qu’elle fut de ce fait mêlée de très près aux tensions politiques extrêmes qui se développent sur fond religieux et secouent Alexandrie entre 412 et 415 de notre ère. Oreste était fraîchement converti au christianisme. À cette époque, les élites, notamment sénatoriales, étaient le plus souvent un bastion de résistance au christianisme. Cela reposait sur une conception de la relation entre religion et État qui remontait aux fondements de la République romaine, conservés durant l’Empire. Pas de croyance ni de dogme pour gouverner, mais un rapport contractuel avec les dieux sur la base d’une pratique rituelle rigoureuse. Mais, dans ce tournant des 4e et 5e siècles, et notamment après l’édit de Théodose Ier [4], la carrière politique pouvait être accélérée par une conversion au christianisme. On notera d’ailleurs que parmi les élèves d’Hypatie qui nous sont connus, il y avait des convertis comme des non convertis. La culture commune – paideia – basée sur la tradition littéraire antique, scellée encore par le néo-platonisme qui inspira profondément jusqu’aux Pères de l’Église, permettait une cohabitation très naturelle des chrétiens et des non convertis, en particulier dans cette ville cosmopolite et multiethnique. Oreste envisageait ainsi sa fonction publique sous un angle politique et non religieux. Il en allait tout autrement du bouillonnant Cyrille, nouvel évêque de la ville qui avait succédé, après une prise de pouvoir violente, à son oncle l’évêque Théophile décédé en 412. Au travers de Cyrille et d’Oreste, ce sont deux positions radicalement opposées de gouvernance qui s’opposent irrémédiablement.

Ce sont également des rapports de force entre couches sociales diverses qui se font jour. Représentant l’élite aristocratique et une certaine vision de la culture traditionnelle, Oreste est certainement respecté et soutenu par une large partie des habitants hellénisés de la ville. Cyrille lui va s’appuyer sur les couches défavorisées, tout en menant des actions violentes contre les Juifs qu’il considère comme hérétiques, au même titre que les païens. Les tensions entre chrétiens et tenants de la culture traditionnelle avaient commencé au moins vingt ans plus tôt, avec notamment la destruction du Serapeum, ordonnée par l’évêque Théophile en 392. Or ce complexe ne se bornait pas à accueillir le culte de Sérapis, divinité créée par Ptolémée, général d’Alexandre le Grand, au IIIe siècle avant notre ère, pour fédérer les cultures égyptiennes et grecques amenées à vivre ensemble dans l’Alexandrie hellénistique sous la coupe macédonienne ; c’était également une des succursales de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie. Avec la destruction du Serapeum, ce sont des milliers de rouleaux, donc de livres et de témoins de la science et de la culture traditionnelle grecque et romaine qui disparaissent.

Ce conflit de pouvoir entre Cyrille, représentant de l’Église, et Oreste, représentant du pouvoir impérial, personnifié au moment qui nous intéresse par le très jeune Théodose II, va connaître une escalade en plusieurs étapes. Tout se précipite à la suite de la confiscation des biens et de l’expulsion des Juifs d’Alexandrie par Cyrille en 414. Oreste, qui était leur allié dans ce conflit larvé avec l’évêque, en réfère à l’empereur. L’affrontement devient désormais direct. Et Hypatie, très proche d’Oreste, l’assiste et le soutient, en le conseillant et en assistant notamment à ses réunions publiques. Son aura et sa réputation de sagesse ne peuvent qu’exacerber l’animosité de Cyrille, qui pressent que le poids de la réputation d’Hypatie peut faire basculer non seulement les Alexandrins des couches moyennes et aisées, mais aussi l’empereur du côté d’Oreste. En plus de son aura, le fait qu’Hypatie n’ait jamais pris parti dans les conflits précédents et qu’elle compte parmi ses fidèles admirateurs aussi bien des chrétiens que des non convertis lui assure en effet une autorité de sagesse indéniable.

Les choses s’enchaînent dès lors très vite. Lors d’une émeute qui éclate à propos du traitement infligé aux Juifs, Oreste manque de peu d’être assassiné. L’acte est attribué aux parabalani, littéralement les ambulanciers, une confrérie chrétienne qui se charge du soin des malades et de l’enterrement des morts ; ils sont soupçonnés d’être le bras armé et fanatisé de Cyrille. Oreste fait arrêter et torturer à mort publiquement Ammonius, prêtre de la confrérie. Devant l’embrasement de la situation, les chrétiens d’Alexandrie cherchent à faire se réconcilier Cyrille et Oreste. L’empereur est sollicité de la part des deux clans comme médiateur. Hypatie joue là encore un rôle public important en assistant Oreste. Elle sera même accusée par le parti de l’évêque d’empêcher la réconciliation des deux parties. C’est dans ce contexte de tension extrême que survient l’assassinat d’Hypatie.

« La Vierge Assassinée »

Socrate le Scholastique (360-450), un des grands historiens de l’Antiquité chrétienne, nous relate sobrement la mort violente d’Hypatie en mars 415, dans son Histoire ecclésiastique (VII, 15) :

Des hommes coalisés, l’esprit très enflammé, sous la conduite d’un certain Pierre, lecteur, guettent la femme qui rentre chez elle, la jettent à bas du siège de son char, et l’emmènent jusqu’à une église appelée Caesareum ; ils lui ôtent ses vêtements et la tuent (en l’écorchant) avec des ostraka [tessons de céramique ou coquillages]. Ils découpent son corps en morceaux et traînent ses membres jusqu’à un endroit nommé Cinarion, où ils les brûlent.

Cette mort des plus violentes assurera à Hypatie une célébrité posthume que d’autres femmes savantes, mortes plus conventionnellement, n’auront jamais. Dès les décennies qui suivirent, la figure d’Hypatie est un incontournable de l’histoire ecclésiastique et un enjeu de la compréhension des conflits idéologiques de cette époque troublée et violente. Très vite se posera la question des véritables raisons de cet assassinat. Cyrille a-t-il commandité ce meurtre ? Est-ce simplement pour servir ses intérêts et sans ordre direct que des moines fanatisés se sont attaqués à Hypatie ? Est-ce la tenante de la philosophie et de la culture hellénique traditionnelle qui a été assassinée ? Est-ce à travers Hypatie, ce fragile et précieux « entre-deux » liant la tradition culturelle de l’hellénisme qui a fait la grandeur d’Alexandrie et la foi nouvelle conquérante et parfois encore fanatique que l’on a voulu anéantir ? Est-ce la femme libre et influente sur la place publique dont on a voulu détruire si sauvagement le corps et l’image ? L’analyse historique des événements tend à privilégier les causes partisanes dans cet assassinat bien plus que religieuses, culturelles et sociétales. C’est son rôle de conseillère auprès d’Oreste, dans son conflit avec Cyrille dont l’enjeu est la médiation de l’empereur, et son aura de sagesse et de pudeur, atouts majeurs du parti du préfet, qui expliquent en grande partie si ce n’est entièrement son élimination. Que d’autres paramètres soient entrés également en ligne de compte ne peut être exclu ; et la sauvagerie de l’attaque, ainsi que le déploiement de violence sur le corps de la femme peuvent en être un indice.

Quoi qu’il en soit, la mort violente et tragique d’Hypatie va enclencher une série impressionnante de récupérations de la figure historique, sans égard la plupart du temps aux nuances historiennes, afin de soutenir des causes très diverses.

Le retour d’Hypatie, entre christianisme, Lumières et romantisme

La première réapparition de la figure d’Hypatie est indirecte, mais indéniable. La légende dorée de la martyre chrétienne Sainte Catherine d’Alexandrie, brillante intellectuelle capable de convertir les philosophes traditionnels au christianisme par sa seule dialectique et qui deviendra la sainte patronne des écoles de filles et de la philosophie, est clairement inspirée de la vie d’Hypatie. Ce glissement d’une figure païenne assassinée par des chrétiens à une martyre chrétienne de violences païennes est clairement dû à la mise en avant d’une femme hautement cultivée et ne craignant pas d’affronter en public des hommes influents et savants. Cette reprise a probablement été également favorisée par la confusion entre les circonstances de la mort d’Hypatie et les récits de démembrements de chrétiens lors de persécutions. Si le culte de Sainte Catherine, et donc cet échange voire « conversion » des martyres, date probablement des VIIe ou VIIIe siècles, il faut attendre la Renaissance pour que fleurisse des récupérations assumées et revendiquées de la figure d’Hypatie. La renommée qu’elle acquiert alors, grâce à la redécouverte de la littérature grecque antique et en l’occurrence des textes des historiens chrétiens des Ve ou VIe siècles, la fait renaître sous des éclairages divers, suivant l’aspect de sa vie et de sa mort qui sera privilégié.

Une anecdote dont la véracité est difficile à vérifier veut que Raphaël l’ait intégrée dans sa fameuse et imposante fresque L’école d’Athènes commandée par le Pape Jules II en 1510 pour orner la Salle des Signatures. Parmi les plus grands philosophes antiques représentés comme pendant à la Dispute du Saint-Sacrement, un personnage efféminé, en bas à gauche de la fresque, tranche sur les autres philosophes représentés, tous masculins ; Raphaël aurait voulu figurer ainsi Hypatie, en femme-philosophe, et en insistant graphiquement sur sa présence puisqu’elle est la seule figure qui lève les yeux sur le spectateur et qui porte des habits blancs et immaculés. Mais le pape lui aurait dit : « Enlève-la. La foi ne permet rien de savoir sur elle. À part cela, l’œuvre est acceptable ». Raphaël aurait alors modifié son Hypatie pour en faire un Francesco Maria della Rovere, neveu du Pape, davantage connu pour son apparence androgyne que pour ses prouesses philosophiques.

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Raphaël, L’école d’Athènes, détail

La suite des aventures posthumes d’Hypatie se focalise nettement plus sur sa fin tragique, en en faisant la martyre de toute sorte de causes au fil des siècles. C’est John Toland, libre-penseur irlandais de la fin du XVIIe et début du XVIIIe siècle, panthéiste et fondateur d’un mouvement néo-druidique, qui marque le début de cet engouement multifacette pour la figure de la philosophe alexandrine. Ciblant la responsabilité de Cyrille dans l’assassinat d’Hypatie, Toland vante les mérites et les capacités hors norme de cette âme vertueuse enveloppée dans un corps de rêve, pour déstabiliser l’Église catholique et critiquer ouvertement la canonisation de Cyrille. Le titre de son opuscule paru en 1720 est éloquent : Hypatie ou l’histoire d’une Dame très belle, très vertueuse, très savante et en tout point accomplie : qui fut mise en pièces par le clergé d’Alexandrie, pour satisfaire l’orgueil, l’émulation et la cruauté de leur archevêque, communément mais injustement appelé Saint Cyrille [5]. La polémique est lancée et la réponse des catholiques arrive à peine un an plus tard, avec la défense de Saint Cyrille proposée par Thomas Lewis en 1721 : L’histoire d’Hypatie, une maîtresse d’école très impudente. Pour la défense de Saint Cyrille et du clergé d’Alexandrie contre la calomnie de M. Toland [6]. Qu’elle soit impudente ou vertueuse, Hypatie est entrée de plain-pied dans le débat confessionnel brûlant de ce début de XVIIIe siècle.

Prise en otage dans la dispute entre libres penseurs et catholiques, utilisée comme faire valoir, en positif ou en négatif, du rôle du patriarche Cyrille et de l’Église catholique, cette Hypatie-là n’a plus grand-chose de la figure historique : seule sa mort violente est prise en compte comme un fanion partisan.

La publicité ainsi faite à Hypatie la prédestine à devenir le porte-drapeau de l’anticléricalisme plus ou moins assumé des Lumières ; et Voltaire ne manque pas de l’utiliser à plusieurs reprises pour dénoncer l’obscurantisme, dans la foulée des différentes affaires liées à « l’intolérance » qui secouent la France. Il écrit notamment dans L’examen important de Milord Bolingbroke :

Y a-t-il rien de plus horrible et de plus lâche que l’action des prêtres de l’évêque Cyrille, que les Chrétiens appellent Saint Cyrille ? Il y avait dans Alexandrie une fille célèbre par sa beauté et par son esprit ; son nom était Hypatie ; élevée par le philosophe Théon son père, elle occupa la chaire qu’avait eue son père, et fut applaudie pour sa science autant qu’honorée pour ses mœurs ; mais elle était païenne. Les dogues tonsurés de Cyrille suivis d’une troupe de fanatiques, l’allèrent saisir dans la chaire où elle dictait ses leçons, la traînèrent par les cheveux, la lapidèrent, et la brûlèrent, sans que Cyrille le saint leur fît la plus légère réprimande, et sans que le dévot Théodose souillé du sang des peuples de Thessalonique, condamnât cet excès d’humanité.

Le contraste là encore entre la brutalité des « dogues tonsurés de Cyrille » et la beauté du corps, la finesse de l’esprit et la pureté des mœurs de la philosophe est exploité au maximum pour ancrer dans l’émotionnel la critique acerbe de l’église dans ce qu’elle a de plus obscurantiste.

Cette composante esthétique et même sensuelle de la mort d’Hypatie va en inspirer plus d’un. Charles Marie Leconte de Lisle ne se prive pas d’insister sur les qualités morales et corporelles d’Hypatie dans un long poème qui porte son nom : elle est « le souffle de Platon et le corps d’Aphrodite » (v. 63). Et si le corps d’Aphrodite semble plus inspirer le poète que le souffle de Platon, c’est bien en définitive pour dépeindre ce monde essentiellement féminin, esthétique, lumineux et vertueux que représente ce passé culturel perdu que le poète érige Hypatie en Vierge de l’Hellénisme. On notera que ce texte a connu plusieurs versions qui diffèrent peu les unes des autres ; en revanche ce n’est que dans l’ultime version, de 1874, que Cyrille, "le vil Galiléen" sera responsable de son assassinat. Dans les versions antérieures, la fin d’Hypatie, et de l’hellénisme, n’étaient qu’un tournant inéluctable de l’Histoire et comme la fin d’une ère de beauté et de pureté pour un monde impur et laid :

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos ;
Dors ! L’impure laideur est reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros. (V. 65-68)

Ce n’est pas un hasard si Maurice Barrès en 1888 donne comme titre à son roman La Vierge assassinée. L’empreinte laissée par les vers de Leconte de Lisle est palpable. Trois ans avant Barrès, Charles William Mitchell avait exprimé en peinture la même idée.

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Charles William Mitchell, Hypatia, 1885. Laing Art Gallery, Tyne & Wear Museums

Son Hypatia est clairement une Aphrodite, inspirée de manière claire et assumée de la Vénus de Botticelli. Une Vénus dont la fin sordide n’est évoquée que par l’effroi qui se lit dans les yeux de la jeune fille dénudée devant l’autel ; le candélabre renversé annonce la violence à venir, alors que la flamme de la bougie indique déjà le mouvement véhément de ceux que l’on ne voit pas, et tout condense le pathos sur le corps virginal offert à ses bourreaux. Dans l’Angleterre victorienne, l’étude du nu ne pouvait se faire qu’au travers d’un filtre historique. Cette Vierge (bientôt) assassinée, ce corps sublime destiné à la plus sordide violence est non seulement une ode à la beauté féminine, mais aussi un manifeste contre les restrictions moralisatrices faites aux artistes. Qu’Hypatie ait eu près de soixante ans au moment de son assassinat ne saurait entrer en question dans cette exaltation de la figure récupérée ! Elle est et doit être la Vierge assassinée. Et une vierge de soixante ans n’est pas un sujet porteur, ni d’ailleurs une image reconnaissable comme telle.

Quant au geste de la victime sublime en direction de la mosaïque qui surplombe l’autel, elle reprend un des traits saillants de l’Hypatie de Charles Kingsley, roman paru en 1853. Pour ce vicaire anglican, il s’agissait de dénoncer un nouveau courant chrétien, philosophique et spirituel, répandu dans la bonne société victorienne qui pour Kingsley ne peut que dénaturer le vrai christianisme, démocratique et proche du peuple. Hypatie meurt comme les philosophes de la religion contre lesquels il s’élève. Si pour une fois Hypatie n’a pas le beau rôle puisqu’elle représente ces « nouveaux ennemis » dépeints par Kingsley, elle finit tout de même par rallier le bon camp, à la fin du roman ; son geste en direction du Christ Cosmocrator de l’abside la rachète en une ultime conversion, que souligne métaphoriquement le mouvement tournant du corps de la femme qui va mourir.

Les Hypaties d’aujourd’hui, égéries des causes contemporaines

On le voit, les réinterprétations successives de la figure d’Hypatie sont liées les unes aux autres par les traits saillants de la figure récupérée, qui apparaissent les uns après les autres, dans une continuité frappante. Cette Vierge assassinée n’en est pas moins capable de servir d’étendard à des causes bien diverses. Les traits ajoutés au fil des siècles vont tous dans le même sens : accroître la part émotionnelle de la figure, intensifier le pathos.

Si le XXe siècle apporte des connaissances historiques qui ne permettent plus de voir en Hypatie une victime pure et innocente de violences chrétiennes fanatiques, ces nuances dans l’appréciation de la figure historique ne vont pas stopper sa récupération, loin s’en faut. Elle sera une porte-parole du combat politique d’Andrée Ferretti, écrivaine et militante indépendantiste québécoise, qui l’utilise en 1987 dans Renaissance en paganie comme « l’ultime résistance à l’instauration d’un premier pouvoir absolu fondé sur une vision hégémonique du monde ». Elle sera la porte-drapeau de revues ou d’ouvrages qui mettent en avant la science au féminin, que ce soient des femmes philosophes, naturalistes, mathématiciennes ou simplement féministes. Quelques exemples : Hypatia : A Journal of Feminist Philosophy, (1983–>) ; Hypatia : Feminist Studies (1984 –>) ; Hypatia’s Daughters. Fifteen Hundred Years of Women Philosophers (1986) ; M. Alic, Hypatias Töchter. Der verleugnete Anteil der Frauen an der Naturwissenschaft (1986) .

Si le plus souvent ces reprises du nom d’Hypatie couvrent des recherches tout à fait sérieuses, comme dans les exemples cités, elles peuvent aussi servir d’emblème à des dérives idéologiques nettement moins fondées scientifiquement. Hypatie devient ainsi la première femme sexuellement libérée grâce à sa culture, et le nom même d’Hypatie (ou Hypatia) fleurit actuellement comme « nom de scène » de prostituées sur le web.

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Judy Chicago, Dinner Party, Hypatie. https://www.brooklynmuseum.org/eascfa/dinner_party/place_settings/hypatia

L’art féministe fait également la part belle à Hypatie. Elle fait partie notamment des trente-neuf convives féminines de l’installation monumentale Dinner Party de Judy Chicago (1979). Chaque place de cette grande table triangulaire de seize mètres de côté accueille un chemin de table personnalisé portant le nom de la convive ; à chaque place une assiette personnalisée elle aussi figurant un sexe féminin dont l’esthétique choisie doit évoquer la personnalité de la convive. D’Hatchepsout aux icônes du féminisme naissant ou aux homosexuelles militantes, en passant par l’impératrice Théodora, Christine de Pisant, Éléonore d’Aquitaine, ou Élisabeth 1re, le panorama est large ; sans oublier des figures de l’hellénisme comme Sappho, Aspasie et, bien sûr, Hypatie.

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Amenabar, Agora

Hypatie fait aussi bonne figure sur grand écran. En 2009 Alejandro Amenábar fait d’Hypatie la figure centrale de son film Agora. Tout en campant le contexte explosif de l’Alexandrie du début du Ve siècle, avec l’appui de deux experts historiens, sans hésiter à prendre quelques libertés dans l’interprétation de l’histoire, le réalisateur fait d’Hypatie l’icône de la science, sur le point de comprendre les orbites elliptiques des planètes d’un système héliocentré que mettra en lumière Copernic bien plus tard. Elle s’oppose ainsi naturellement au fanatisme religieux incarné par Cyrille et ses sbires. Le message contemporain d’Amenábar est rendu d’autant plus évident par le choix des acteurs : tous les représentants de la culture hellénique, de la science et de la philosophie sont des acteurs blancs anglo-saxons ; Cyrille et les fanatiques ont tous un teint basané et des accoutrements vestimentaires qui les rapprochent de fondamentalistes religieux d’aujourd’hui. Voilà Hypatie enrôlée dans un nouveau débat contemporain, sur le fanatisme, la manipulation des foules, la globalisation avec de grands zooms arrière qui nous mènent d’Alexandrie à la planète entière, tout cela dans un cadre historique bien campé, qui rend d’autant plus sournoises les récupérations idéologiques de la figure antique.

Que ce soit par un esthétisme idéalisé à l’extrême, comme chez Leconte de Lisle, ou par la trivialité provocante des vulves de Judy Chicago, que ce soit dans un but polémique, revendicateur, idéologique ou dénonciateur, Hypatie parvient à entrer dans bien des discours, à se faire la figure emblématique d’une bien grande variété de causes : martyre païenne assassinée par les chrétiens d’Alexandrie, figure emblématique du conflit confessionnel entre protestants et catholiques cristallisé autour de la figure de Cyrille, héroïne anticléricale victime de l’obscurantisme, nouvelle déesse de l’hellénisme romantique sacrifiée sur l’autel du temps, représentante du positivisme et victime de la victoire de la religion sur la science, égérie d’un christianisme trop philosophique pour être honnête, figure de référence de la science au féminin, icône du féminisme, image de la liberté et de la rébellion contre tout pouvoir absolu, fer de lance de la raison sur le fanatisme... la liste n’est ni exhaustive ni close. Le futur d’Hypatie sera sans nul doute encore riche.

Hypatie ou pourquoi et comment avons-nous besoin de figures emblématiques ?

Reste à s’interroger sur les raisons et les caractéristiques qui ont permis à Hypatie de se glisser avec autant d’aisance dans des discours aussi variés. Tout commence par notre connaissance de la figure historique. Nous en savons juste assez sur Hypatie pour attiser tous les appétits : sa vie de femme tout à fait extraordinaire par sa liberté et son aura scientifique et publique, sa relation avec une ville bouillonnante et une période très turbulente qui voit s’affronter des conceptions rivales en matière de pouvoir, de culture, de mentalité religieuse ; sa mort, évidemment, ferment de sa notoriété, cette violence aveugle déchaînée sur un corps féminin. Tout dans ce que nous savons d’Hypatie offre matière à récupération et à exploitation émotionnelle. Et d’autre part, tout ce que nous ne savons pas et ne saurons jamais d’Hypatie, offre une liberté fort agréable dans le processus d’abstraction et de construction de symbole. La distance que nous avons avec le temps historique qui a vu Hypatie vivre et évoluer permet de broder selon les besoins tout en braquant le projecteur sur une des dimensions de la figure historique qui sert le propos du moment. Cette distance historique est aussi flatteuse, tant le recours au passé, à l’histoire peut servir de garant d’authenticité, de vernis culturel et de légitimité. Faire intervenir une philosophe alexandrine morte dans des conditions sordides fera toujours beaucoup plus d’effet qu’une liste d’arguments bien cartésiens, et ce quelle que soit la cause que la figure historique doit servir. C’est un acte de communication qui recourt à l’image, construite pour l’occasion, à l’imaginaire partagé plus ou moins généralement et qui s’affranchit ainsi de tout recours au rationnel.

La fabrique des héros – des héroïnes en l’occurrence – est un processus très simple et simplificateur. Aucune des figures héroïques que nous avons construites et continuons de construire, en sport, en politique ou en écologie, n’aura jamais l’épaisseur, la profondeur, les contrastes voire les contradictions d’une figure bien humaine. Les nuances ne font pas bon ménage avec les slogans. Fabriquer un héros sous-entend de nombreuses ellipses et une focalisation au puissant téléobjectif sur un ou deux points particuliers, au détriment de tous les autres.

En tant qu’emblème d’une cause, une figure historique se voit aplatie en deux dimensions, résumée en un contraste noir-blanc selon chacun des points de vue opposés, comme ce fut le cas entre John Toland et Thomas Lewis entre 1720 et 1721 autour de la figure d’Hypatie, comme c’est le cas actuellement des « Grands Hommes » dont on découvre le passé colonialiste, voire esclavagiste. Créer ou détruire des héros est une façon de parler, une façon de se dire, de dire sa société, de défendre l’idée du moment. Et le recours à l’histoire offre le double avantage des « trous » historiques et de l’aura culturelle.

Le travail de l’historien.ne est-il dès lors de pourchasser les figures emblématiques, sous prétexte d’authenticité historique ? De briser des rêves, comme celui de Leconte de Lisle ? De casser les mécanismes qui font des figures historiques des métaphores ? Je ne le crois pas. Si les figures historiques, comme Hypatie, servent aujourd’hui encore à nous exprimer indirectement sur nous-mêmes, sur nos valeurs, sur notre société, sur nos espoirs, sur nos combats, ce n’est pas à l’historien.ne de briser cet élan. Tout au plus, et tout au moins, pourra-t-on réincarner ces figures désincarnées, en les replaçant aussi précisément que possible dans leur contexte, dans leur évolution, dans leurs contradictions, dans leur humanité.

Hypatie a permis au fil des siècles d’exprimer de manière imagée ce que le recours au discours rationnel ne permettait pas de dire ou de brandir aussi efficacement. Elle y a perdu des nuances, une palette de couleurs, une profondeur humaine ; elle y a gagné une notoriété exceptionnelle, mais tout autre que celle dont elle jouissait déjà à Alexandrie vers 400 de notre ère. Et tous les ingrédients sont là pour qu’elle serve encore et encore de référence et de porte-drapeau à diverses causes. Tant mieux, pour autant que l’on garde conscience que c’est un emblème que l’on construit et dont on s’empare, et non d’une figure que l’on croit véritablement historique.

par Anne-Françoise Jaccottet, le 27 décembre 2021

Aller plus loin

Principales synthèses
P. O. CHOTJEWITZ, Der Fall Hypatia, Hamburg, A.-Maeger-Verlag 2002
• M. DZIELSKA, Hypatia of Alexandria, Cambridge/London, Harvard University Press, 1995
• A. MAEGER, Hypatia. Die Dreigestaltige– Philosophin, "Kirchenvater", Heilige, Hamburg, A.-Maeger-Verlag 1999 (19921)
• E.J WATTS, Hypatia. The Life and Legend of An Ancient Philosopher, Oxford, Oxford University Press, 2017.

Études sur des points particuliers
• A. CAMERON, "Isodore of Miletus and Hypatia : On the Editing of Mathematical Texts", Greek, Roman and Byzantine Studies 31, 1990, p. 103-127
• M. A. B. DEAKIN, "Hypatia and her Mathematics. The American Mathematical Monthly 101, 1994, p. 234-243
• E. EVRARD, « À quel titre Hypatie enseigna-t-elle la philosophie ? », Revue des Études grecques 90, 1977, p. 69-74
CHR. LACOMBRADE, « Hypatie, Synésios de Cyrène et le patriarcat alexandrin », Byzantion 71, 2001, p. 404-421
• E. LAMIRANDE, « Hypatie, Synésios et la fin des dieux. L’histoire et la fiction », Studies in Religion / Sciences religieuses 18, 1989, p. 467-489
• J. ROUGE, « La politique de Cyrille d’Alexandrie et le meurtre d’Hypatie », Cristianesimo nella storia 11, 1990, p. 485-504.

Pour citer cet article :

Anne-Françoise Jaccottet, « Hypatie d’Alexandrie : femme antique, figures contemporaines », La Vie des idées , 27 décembre 2021. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Hypatie-d-Alexandrie-femme-antique-figures-contemporaines.html

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Notes

[1Astrapi n° 966, 15 mars 2021 ; Hypatie y figure à la une, parmi les vingt femmes qui ont changé le monde.

[2Par exemple, cette année, l’Université de Lausanne en partenariat avec les écoles secondaires de Lausanne (Suisse) a fait présenter à des élèves de 14-15 ans les femmes jalons de la science, avec Hypatie comme figure incontournable de l’Antiquité grecque. Les résultats de ces travaux ont fait l’objet d’une exposition publique dans le cadre de l’Université.

[3Œuvre écrite à Alexandrie au IIe siècle de notre ère, représentant « la plus grande » (Megistè > arabe Almageste) somme des connaissances mathématiques et astronomiques ; notamment une théorie géométrique des mouvement des planètes qui restera la référence en Occident comme dans le monde arabe jusqu’au modèle héliocentrique de Copernic

[4Dans la foulée de l’édit dit de Thessalonique (380) qui fait du christianisme nicéen (concile de Nicée 325) la religion d’État, contre l’arianisme, les temples païens sont fermés, détruits pour certains ou reconvertis en églises. C’est pour appliquer ces directives théodosiennes que l’évêque Théophile d’Alexandrie interdira l’accès aux temples païens et fera notamment détruire le Sarapieion en 391.

[5Hypatia or the History of a Most Beautiful, Most Virtuous, Most Learned and in Every Way Accomplish’d Lady : Who Was Torn to Pieces by the Clergy of Alexandria, to Gratify the Pride Emulation, and Cruelty of their Archbishop, Commonly but Undeservely Stil’d St. Cyril.

[6The History of Hypatia, a Most Impudent Schoolmistress. In Defense of Saint Cyril and the Alexandrian Clergy from the Aspersion of Mr Toland.

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