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La démocratie américaine au défi du pluralisme identitaire
Entretien avec Hakeem Jefferson


Les États-Unis connaissent un recul de la démocratie, affirme Hakeem Jefferson qui appelle à de profondes réformes institutionnelles comme l’augmentation du nombre de juges à la Cour suprême ou la répartition du Sénat américain en fonction de la population des États.

Hakeem Jefferson est professeur adjoint de sciences politiques à l’université de Stanford, où il est également affilié au Center for Comparative Studies in Race and Ethnicity et au Stanford Center for American Democracy. Hakeem Jefferson a été boursier du CASBS en 2021-2022.

Ses recherches portent principalement sur le rôle que joue l’identité dans la structuration des attitudes et des comportements politiques aux États-Unis. Il cherche en particulier à comprendre comment la stigmatisation façonne la politique des Noirs américains, notamment en ce qui concerne le soutien des membres du groupe aux politiques sociales punitives racialisées. Dans le cadre d’autres projets de recherche, il examine les racines psychologiques et sociales de la division raciale dans les réactions des Américains aux fusillades impliquant des officiers, et s’efforce d’évaluer la signification de concepts politiques clés, comme l’identification idéologique, chez les Noirs américains.

Il a soutenu son doctorat en sciences politiques à l’université du Michigan et sa thèse, « Policing Norms : Punishment and the Politics of Respectability Among Black Americans », a été co-lauréat du prix de la meilleure thèse en 2020, décerné par la section de psychologie politique de l’Association américaine de science politique.

La Vie des idées : Que nous apprend la recherche empirique sur l’état de la démocratie américaine aujourd’hui ? Y a-t-il de bonnes raisons de s’inquiéter de son avenir ?

Hakeem Jefferson : Les politologues réfléchissent depuis longtemps à l’état de la démocratie dans les différentes régions du monde. Les spécialistes de la politique comparée, en particulier, se sont intéressés à l’état de la démocratie dans le monde. Il est peut-être, malheureusement, nouveau que ces mêmes chercheurs aient jugé nécessaire de réfléchir à l’état de la démocratie américaine.

On a longtemps tenu pour acquis que les États-Unis sont une démocratie, une démocratie forte. En conséquence, les chercheurs ne se sont pas sentis obligés d’étudier la santé de la démocratie américaine. Mais comme l’a noté un chercheur, Rob Mickey, dans ses recherches sur la démocratie américaine, il est difficile de démontrer de manière convaincante que les États-Unis, malgré l’optimisme dont font preuve les chercheurs depuis longtemps, étaient une démocratie avant l’adoption de la loi sur le droit de vote de 1965, qui a accordé le droit de vote à des millions d’Afro-Américains.

Il est difficile d’affirmer qu’avant cette période, avant l’adoption de cette loi historique, les États-Unis étaient une démocratie, car ils n’accordaient pas le droit de vote à leurs citoyens. Dans son ouvrage, Mickey parle de ces enclaves autoritaires, en particulier dans le Sud américain, où les Noirs américains étaient violemment empêchés de profiter du droit de vote : les primaires étaient réservées aux Blancs et de même pour les autres votes dans tout le Sud américain.

Prenons donc Mickey au mot et posons que la démocratie américaine a réellement vu le jour en 1965. Qu’en est-il alors de la démocratie américaine à l’heure actuelle ? Bright Line Watch, ce groupe d’universitaires qui sonde la santé de la démocratie américaine en interrogeant des experts et des profanes, a remarqué que les politologues comme moi sont de plus en plus inquiets à ce sujet.

Ainsi, lorsque vous demandez aux experts comment se porte la démocratie américaine aujourd’hui, ils sont plutôt pessimistes. Freedom House, une organisation qui s’est occupée de l’état de la démocratie et qui défend la démocratie dans le monde, publie chaque année un rapport sur chaque pays, et, au cours du dernier cycle, a noté que l’état de la démocratie américaine a décliné d’environ 3 %, selon leur mesure.

Ainsi, ils notent que pour la première fois dans l’histoire américaine, nous n’avons pas eu un transfert pacifique du pouvoir d’un exécutif à l’autre, qui est une partie importante de la gouvernance démocratique. C’est un rappel, bien sûr, de l’insurrection du 6 janvier, après l’élection de Joe Biden, qui a battu Donald Trump.

Ils ont également noté que les élites politiques – non seulement Donald Trump, mais plus largement les élites républicaines – ont remis en question le résultat d’élections libres et équitables, en prétendant que Joe Biden a été porté au pouvoir de manière illégale. Donc, la remise en question d’élections légitimes.

Ils ont également noté que les élites républicaines de tout le pays ont tenté de promulguer des lois au niveau fédéral et local qui rendent le vote plus difficile pour certaines catégories de personnes, notamment les Afro-Américains, les jeunes, les personnes âgées et les travailleurs. La promulgation de ces textes législatifs qui empêchent ou tentent d’empêcher les gens d’exercer leur droit de vote est assurément une attaque contre les principes fondamentaux de la démocratie américaine.

Ils ont également noté la nature anti-majoritaire des institutions politiques américaines. La nature du Sénat américain permet à chaque État d’avoir deux sénateurs, malgré le fait que certains États, comme la Californie où je me trouve, sont beaucoup plus grands que certains États plus petits, disons du Midwest, qui ont le même nombre de sénateurs. Ceux-ci peuvent alors empêcher l’adoption de textes législatifs soutenus par une majorité d’Américains, par exemple, une loi sur le contrôle des armes à feu, parce qu’ils ont une voix disproportionnée au Sénat américain.

Et le Sénat américain n’est pas la seule institution anti-majoritaire qui influe sur l’état de la démocratie américaine. La Cour suprême des États-Unis joue ce rôle vital. En décidant de la constitutionnalité d’une législation, elle a joué un rôle actif dans les coups de griffes donnés à la loi sur le droit de vote de 1965, par exemple. Et c’est une branche non élue du gouvernement, la branche judiciaire de la Cour suprême des États-Unis, qui détient cette part non négligeable de pouvoir dans la politique américaine.

Ils ont également noté la polarisation croissante que nous observons dans toutes les branches politiques, notamment la branche législative, l’augmentation des inégalités économiques et de revenus, la violence raciale contre les personnes de couleur, notamment la violence exercée contre les hommes et les femmes noirs par les agents de police de l’État. Tous ces aspects de la société américaine ont une incidence sur la santé de la démocratie américaine.

Et donc, nous sommes à cette période où je pense que ceux qui croient en la bonté de la démocratie, malgré ses faiblesses et ses lenteurs, ont de bonnes raisons de s’inquiéter de son avenir, en particulier dans un système fédéral de gouvernement où le pouvoir est partagé entre un gouvernement central et des acteurs étatiques et locaux.

Ainsi, le politologue Jacob Graham Bock, chercheur à l’Université de Washington, va publier un livre qui s’oppose à cette vieille idée de la politique américaine selon laquelle les États sont des laboratoires de la démocratie, des sites de santé démocratique. Dans cet ouvrage, il soutient qu’au contraire, les États sont des lieux de recul de la démocratie.

Telle est, je pense, la période où nous nous trouvons aux États-Unis. Nous sommes à ce point d’inflexion où ceux d’entre nous qui y prêtent attention croient vraiment que nous sommes dans un moment de recul démocratique. Et c’est une crise urgente pour ceux d’entre nous qui s’en préoccupent.

La Vie des idées : Comment situeriez-vous le moment spécifique de l’histoire dans lequel nous nous trouvons dans l’histoire plus large du mouvement des droits civiques aux États-Unis ?

Hakeem Jefferson : Il est tentant pour nous de regarder ce moment de l’histoire américaine et de le considérer comme singulier ou sans précédent – une expression que beaucoup d’entre nous ont utilisée fréquemment au cours des dernières années. Il y a quelque chose de vraiment spécial, de particulier ou d’unique dans ce moment de l’histoire américaine. Et, sans doute, il y a beaucoup de choses dans ce moment qui semblent étranges ou même déroutantes. Mais dire que c’est sans précédent, inattendu ou inédit, c’est adopter une vision anhistorique de l’histoire américaine.

J’ai écrit un article avec un autre universitaire, Victor Ray, pour 538, un journal américain d’enquêtes, dont le titre était « White Backlash is a racial reckoning too ». Ce que nous voulions dire par là, c’est qu’en cette période où nous observons ce que beaucoup d’entre nous appelleraient une sorte de recul démocratique, on ne peut pas la déconnecter de bien d’autres événements qui se sont manifestés au cours de la longue histoire des États-Unis.

Je vais vous donner un exemple. Après l’émancipation qui a fait suite à la guerre civile, les Noirs américains ont obtenu un certain nombre de droits, comme le droit de vote. Les Noirs ont pu élire des personnes qui leur ressemblaient dans les organes législatifs du gouvernement fédéral et des États. Il y a eu un moment de grand optimisme pour l’avenir de la race après cette violente guerre civile qui a émancipé les Noirs dans tout le Sud américain.

Et qu’avons-nous vu à ce moment-là ? La post-reconstruction, comme on l’appelle. Nous avons vu le soulèvement des suprématistes blancs violents, la création du Ku Klux Klan. Nous avons vu des menaces de violence raciale dans les localités où les Noirs tentaient de s’engager et de profiter de l’affranchissement. Nous avons vu des acteurs étatiques, y compris la police, mobilisés pour maintenir la suprématie blanche.

Tout cela semble plutôt familier à celui qui observe le moment actuel de la politique américaine. Nous avons vu ce genre de mouvements de progrès racial, lorsque les Noirs américains, avec une coalition d’Américains alliés, ont pu, en 2008, élire le premier président afro-américain de l’histoire américaine. Nous voyons à présent la première femme de couleur parvenir à la vice-présidence.

Nous avons vu ces autres avancées qui ont fait que les Afro-Américains et les autres personnes de couleur ont maintenant plus de pouvoir qu’auparavant. Mais, en même temps, nous avons vu, alors même que nous avons cette conversation aujourd’hui, ces derniers jours ici aux États-Unis, un autre cas de violence raciale suprématiste blanche sur une communauté de personnes noires à New York.

Nous avons vu, dans mon État natal de Caroline du Sud, il y a plusieurs années, un autre acte de violence suprémaciste blanche. Et nous ne pouvons pas déconnecter ces contestations de l’élection de Joe Biden de cette même tentative de préserver et de maintenir la suprématie blanche aux États-Unis ; et lors de la récente élection de 2020, ces revendications n’ont pas été faites au hasard, elles ont été faites dans des localités où les Noirs, les Hispaniques et d’autres personnes de couleur représentent une majorité de ceux qui votent.

Par exemple, dans le Michigan, où j’ai fait mon doctorat, après les élections de 2020 les commissaires républicains de la commission électorale de l’État ont statué sur les votes dans ces différents comtés de l’État du Michigan. Ils ont alors déclaré confirmer la légitimité des votes dans un comté, sauf à Detroit.

Qu’est-ce qu’il y a de spécial à Detroit ? C’est le foyer d’un grand nombre d’électeurs afro-américains. Et donc nous ne pouvons pas déconnecter le recul démocratique de cette tentative de maintenir la suprématie blanche aux États-Unis. C’est un projet, un projet racial et politique qui traverse l’histoire américaine.

Ainsi, ce moment s’inscrit parfaitement dans d’autres moments de l’histoire américaine où les avancées en matière de droits civiques ont été confrontées à ces moments de contrecoup de la part des élites politiques et de leurs électeurs.

La Vie des idées : N’y a-t-il pas une contradiction entre, d’une part, la diversité objective des constituants de la démocratie américaine et, d’autre part, l’affirmation dominante selon laquelle les politiques identitaires nuisent à la démocratie ?

Hakeem Jefferson : Les universitaires et les experts discutent beaucoup de la politique identitaire et de son lien avec l’état de la démocratie américaine. Certains, dont mon collègue de l’université de Stanford, Frank Fukuyama, affirment que la politique identitaire cause des problèmes, qu’elle divise plus qu’elle n’unifie, qu’elle sépare des personnes qui, autrement, devraient être en coalition les unes avec les autres. Elle représente un problème urgent pour la démocratie américaine. Selon ce point de vue, la diversité du public américain, lorsqu’elle est associée à une insistance sur la politique identitaire, contrarie les objectifs de la démocratie qui consistent à créer un système de gouvernement qui fonctionne pour une certaine pluralité de personnes. Je pense qu’il s’agit d’une vision excessivement pessimiste et erronée de ce que signifie la politique identitaire.

Ainsi, de ce point de vue, ceux qui ont pris part, disons, à Black Lives Matter, ou à une sorte de politique queer ou féministe, demandent des droits spéciaux. Ces personnes ne se considèrent pas sur un pied d’égalité avec celles qui appartiennent à un groupe majoritaire ou dominant : les militants de Black Lives Matter demandent que le gouvernement traite les Noirs d’une manière non seulement distincte, mais aussi meilleure que celle dont bénéficient les Américains blancs, par exemple.

Mon collègue Frank Fukuyama ne serait peut-être pas d’accord avec la manière dont je comprends sa thèse. Mais c’est ainsi que je comprends ce qui préoccupe les gens lorsqu’ils s’inquiètent des politiques identitaires. Voici ce que je répondrais : il est impossible d’exister dans une société où il y a tant de différences sans reconnaître que ces différences existent – il ne s’agit pas simplement de différences de goût entre les individus.

Ce sont les différences qui comptent – race, classe, sexe, orientation sexuelle, identité religieuse, ces aspects de notre identité ont des effets. Ils déterminent la trajectoire de la vie des individus aux États-Unis. Reconnaître cette réalité, que certains appelleraient une sorte de politique identitaire, est nécessaire, je pense, pour parvenir à la justice que nous attendons et à une démocratie saine.

Permettez-moi de rendre cela un peu plus concret. Imaginez que nous ignorions le fait qu’un homme noir aux États-Unis a plus de chances de mourir à cause de l’usage de la force par la police que son homologue blanc. Imaginez que les activistes ne parlent pas de cette réalité, ne s’y opposent pas et ne l’amènent pas dans le débat public et à la vue de tous.

Imaginez que les militantes ne s’insurgent pas contre le fait qu’aux États-Unis, les femmes gagnent toujours moins que leurs homologues masculins pour le même travail. Et ce phénomène est exacerbé lorsque l’on tient compte de la race. Ainsi, les femmes noires ont plus peur que les blanches. En parler pourrait être considéré comme relevant de la politique identitaire. Mais c’est tout simplement la réalité de la vie aux États-Unis et dans diverses sociétés du monde.

Ainsi, pour moi, lorsque je pense au projet d’amélioration et de renforcement de la démocratie américaine, le fait de relever les points faibles qui persistent aux États-Unis et dans d’autres pays du monde, est nécessaire pour améliorer la démocratie américaine. Ainsi, je ne vois pas vraiment la tension entre ce que j’appellerais une sorte de politique identitaire et le projet de renforcement de la démocratie américaine. Comme je l’ai dit à mes étudiants, tenir compte des réalités, de l’importance de l’identité est un élément nécessaire du renforcement de la démocratie américaine. Cela exige que nous remarquions la différence, que nous sachions que cette chose a vraiment de l’importance.

La Vie des idées : Peut-il y avoir une démocratie sans majoritarisme ? Peut-on raisonnablement espérer concevoir des institutions démocratiques qui permettraient aux gens d’embrasser l’identité de leur choix tout en tenant compte d’un sentiment plus large d’appartenance nationale ?

Hakeem Jefferson : L’une des définitions les plus simples de la démocratie est : c’est un lieu où la majorité règne. Les décisions qui sont prises sont celles sur lesquelles une majorité, ou du moins une grande pluralité est d’accord.

Je pense que c’est une représentation trop simplifiée de ce à quoi ressemblerait une bonne et saine démocratie. Pensez, par exemple, que la majorité de la population américaine est encore blanche. Nous savons, grâce à des tonnes de recherches effectuées par de nombreux chercheurs en sciences politiques et dans des domaines connexes, que ces identités structurent les attitudes, que la façon dont je peux, en tant qu’individu, en tant qu’électeur individuel, en venir à penser à octroyer des droits à autrui, reflète mon identité et les considérations qui se rattachent à cette identité. Nous savons, par exemple, que de nombreux Américains blancs soutiennent les lois restrictives sur le vote en raison de leurs attitudes raciales envers les Afro-Américains, individus qu’ils perçoivent comme les cibles de ces lois.

Nous savons, par exemple, que les attitudes des Américains blancs à l’égard des châtiments, y compris la peine de mort, sont liées à leurs attitudes raciales. Nous savons, par exemple, que divers référendums, y compris les questions relatives aux droits des gays, des lesbiennes et des trans américains, reflètent les attitudes des Américains envers les membres de ce groupe particulier. Nous savons que les attitudes sexistes influencent la façon dont les Américains réagissent aux textes de loi qui concernent la vie des femmes.

Alors, que faisons-nous de ces faits ? Selon la compréhension minimale de la démocratie, on dirait que la majorité gouverne, ou du moins que l’exigence en la matière est un principe fondamental de la démocratie. Mais ceci est contrarié dans la réalité par certaines attitudes négatives, que nous pourrions vouloir mettre de côté, mais qui ont des effets structurels pour ceux qui vivent dans les marges de la société américaine.

Alors, qu’est-ce que tout cela signifie pour cette question du majoritarisme et de la démocratie ? Peut-être qu’au minimum, cela nous oblige à reconnaître qu’il y a des compromis à faire ; que la règle de la majorité pèse parfois sur la vie de ceux qui n’occupent pas de place dans cette majorité, que nous pourrions vouloir structurer des institutions politiques qui sont un peu éloignées des exigences d’une certaine majorité.

C’est pourquoi, par exemple, le Sénat américain, contrairement à la Chambre basse, la Chambre des représentants, se représente à intervalles plus longs. Un sénateur américain ne doit se présenter aux élections que tous les six ans, alors qu’un membre de la Chambre des représentants, sans doute plus proche des citoyens, les représentants de district, contrairement aux représentants des États, doivent se représenter tous les deux ans.

Cela signifie entre autres que les sénateurs américains peuvent prendre des décisions qui pourraient ne pas plaire à une majorité de leurs électeurs, qu’ils peuvent faire des choix plus difficiles qui pourraient profiter à ceux qui vivent en marge. Nous avons donc essayé de structurer les institutions de cette manière. La Cour suprême des États-Unis, par exemple, dont les membres sont nommés à vie.

Ce sont des gens qui n’ont jamais à faire face à une élection, ils n’ont pas à s’inquiéter de l’opinion publique. Mais il s’est avéré que c’était, comme l’appelle un spécialiste, une sorte de faux espoir. Nous avons vu au fil du temps que la branche judiciaire ressemble beaucoup aux autres branches politiques du gouvernement.

Il y a donc des prescriptions politiques potentielles. Certains plaident pour un élargissement de la Cour, par exemple, afin d’inclure des membres supplémentaires qui pourraient avoir, comme nœud central de leur jugement, une protection de la démocratie. Rien dans la Constitution américaine, par exemple, n’exige qu’il y ait neuf juges. Et l’administration Biden s’est engagée dans une sorte de groupe de travail pour envisager ces changements au niveau de la branche judiciaire.

D’autres soutiennent que le Sénat américain devrait mieux refléter le public américain en donnant une répartition basée sur la population de l’État, et pas seulement deux par État. Et donc, il y a des gens qui militent pour de nouvelles façons, comme des circonscriptions plurinominales, grâce auxquelles ces institutions pourraient mieux refléter une société pluraliste qui est plus diverse, bien sûr, que lorsque les fondateurs ont créé ces institutions. Et si j’ai un peu d’optimisme à propos de la démocratie américaine, c’est que j’espère que certaines de ces idées vont se répandre.

Mais il semble que nous soyons encore loin, malheureusement, de nous débarrasser d’une chose comme le collège électoral aux États-Unis, de modifier la composition du Sénat américain ou d’élargir la Cour suprême.

Néanmoins, ce sont des idées qui, à mon avis, tentent de remédier à cette forme de démocratie où la majorité compte, mais qui reflète aussi le fait que les personnes en marge sont souvent bousculées par ces majorités. Ce sont donc des idées qui sont sur la table. Et le temps nous dira si elles trouvent un écho dans la société américaine.

Entretien : Jules Naudet. Prise de vue : Stanford University.

par Jules Naudet, le 14 octobre

Pour citer cet article :

Jules Naudet, « La démocratie américaine au défi du pluralisme identitaire . Entretien avec Hakeem Jefferson », La Vie des idées , 14 octobre 2022. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/La-democratie-americaine-au-defi-du-pluralisme-identitaire.html

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