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Que penser du rôle assigné aux femmes dans les productions médiatiques sur la préhistoire ? On y découvre des femmes puissantes, annonçant une émancipation à venir. Ce nouvel ouvrage de la Collection Puf/Vie des idées fait le point sur ce que les données scientifiques peuvent réellement établir sur la question du genre dans la préhistoire.

Anne Augereau, Christophe Darmangeat, dir., Aux origines du genre, Puf/Vie des idées, 2022, 112 p., 9, 50 €. Ce volume est coordonné par Anne Augereau, préhistorienne à l’Inrap, et Christophe Darmangeat, anthropologue social, maître de conférences à l’Université Paris Cité. Ont collaboré à cet ouvrage Oren Falk, Dominique Henry-Gambier, Kathryn Kamp, Pascal Picq, Aline Thomas et John C. Whittaker.

En ce début de XXIe siècle, les droits des femmes et les inégalités de genre sont au centre du débat public. C’est sans doute pourquoi, ces dernières années, la question des femmes dans les sociétés du passé – en particulier, celles de la Préhistoire, a occupé une place remarquable dans les productions destinées au grand public. Ouvrages de vulgarisation, mais aussi films documentaires, chaînes YouTube, et même jeux vidéo, proposent des panoramas sur la condition féminine de ces temps reculés. Ces portraits, souvent constitués de données hétéroclites, dépeignent volontiers des working women émancipées, qui témoigneraient d’une époque où la domination masculine était absente et qui, de ce fait, seraient les gages d’une émancipation à venir.

Sur quel fondement scientifique ces récits reposent-ils ? Plus généralement, que savons-nous des rapports entre hommes et femmes dans les sociétés du passé, et sur quelles bases ces connaissances sont-elles édifiées ? Le sujet est d’autant plus sensible qu’en la matière, nos sources d’information sont fort maigres et très indirectes. Les zones d’ombres sont bien plus vastes que les certitudes, et la tentation est grande d’enrôler les données objectives, souvent rares et fragiles, au service de récits qui projettent sur le passé les aspirations du présent. On court ainsi le risque de remplacer les stéréotypes que l’on entend combattre par d’autres qui, malgré la séduction qu’ils peuvent exercer, ne servent en réalité ni la connaissance scientifique ni la cause féministe.

Historiens, archéologues et autres scientifiques spécialistes du passé portent donc une responsabilité toute particulière pour restituer les rapports de genre d’une manière qui ne tolère ni approximation ni récit simplificateur. Les exemples décrits dans ce livre montrent à quel point la question est complexe ; ils révèlent aussi la fécondité des études de genre pour la connaissance des sociétés anciennes, pour peu que l’on se garde des idées préconçues et des raisonnements naïfs.

Pour éclairer ces discussions, cet ouvrage rassemble deux catégories de contributions.

La première, rédigée par A. Augereau et C. Darmangeat, traite des dimensions les plus générales : qu’est-ce que l’archéologie du genre ? Quels sont ses objectifs et ses méthodes, mais aussi ses travers et ses impasses ? Comment l’anthropologie sociale peut-elle contribuer à notre connaissance des rapports de genre des sociétés disparues ? De quelle manière ces rapports de genre réels ou, plus souvent, supposés, ont-ils été mis au service d’un discours sur la société présente ?

Les chapitres suivants s’emparent de thèmes plus spécifiques. Qu’il s’agisse du genre chez les primates actuels et chez nos ancêtres (Pascal Picq), de l’emblématique « Dame du Cavillon » de la période gravettienne (D. Henry-Gambier), des chasseresses – ou présumées telles – des Amériques (K. Kamp & J. Whittaker), des femmes du Néolithique européen (A. Thomas) ou de la médiatique guerrière viking de Birka (O. Falk), tous ces sujets ont en commun d’avoir été l’objet de controverses où se cristallisaient des problèmes de méthode.

Sur un domaine aussi vaste que celui des rapports de genre dans les sociétés du lointain passé, ce livre n’a évidemment pas la prétention de proposer un panorama complet des connaissances et des débats en cours dans le monde de la recherche. Son ambition est d’aborder les principaux points de ce champ scientifique, avec une insistance particulière sur la manière dont les connaissances se construisent et doivent être soumises à une approche critique. S’il fournit à ses lectrices et lecteurs quelques repères solides, qu’il les aide à se méfier des effets d’annonce et des conclusions hâtives, il aura atteint son but.

Pour citer cet article :

Anne Augereau & Christophe Darmangeat, « Aux origines du genre », La Vie des idées , 5 octobre 2022. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Aux-origines-du-genre.html

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par Anne Augereau & Christophe Darmangeat , le 5 octobre

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